Ce que j’apprends à l’école {ou l’écoute active mise à contribution}

Cette année de moyenne section, pour mon fils et pour nous, c’est autre chose que la petite section. L’an dernier, c’était la découverte du rythme de la vie de classe, des rapports avec l’enseignant et les autres employés de l’école. Cette année, ce sont les longues journées au sein de l’établissement : école, cantine, école, garderie. Des journées bien remplies, alternant temps de classe et temps périscolaires.

Ce sont surtout ces derniers qui préoccupent notre fils à intervalles réguliers. Nous sommes souvent amenés à en discuter avec lui, en simple anecdote ou pour soulever un point préoccupant ou inconfortable.

Cela m’amène sur un sujet pas toujours évident pour moi où la prise de recul est un travail de chaque instant. J’avais envie de partager avec vous les situations que nous rencontrons et comment nous les vivons.

1- Le soir, au périscolaire, trouver un rythme

Rarement, il se précipite vers moi et me fait un câlin quand j’arrive. La plupart du temps, il est plongé dans un jeu, seul ou à plusieurs, ou bien il me voit et vient vers moi lentement.

Quand elles me voient arriver, l’une des employées municipales braille crie son prénom. Moi, je ne sais jamais si je peux m’avancer totalement dans la salle et m’approcher de son jeu ou simplement attendre à l’entrée de la pièce, comme le font la plupart. Mais au final, je préfère m’avancer car s’il n’a pas lâché son jeu pour venir vers moi dans les 5 secondes, un nouvel appel hurlant retentit à nouveau dans sa direction. Moi, je sais que s’il prend son temps, c’est aussi parce qu’il tient à ranger entièrement l’activité déballée. Je crois qu’elles pensent qu’il fait traîner les choses – et dans le fond, en quoi serait-ce grave ? ou peut-être pensent-elles jouer leur rôle d’accélérateur pour les parents qui seraient pressés de repartir.

Moi, je sais comment il fonctionne et sauf gros retard pour aller chercher sa sœur ensuite, je le laisse faire, je me permets de lui laisser 5 min de transition. L’autre soir, je suis arrivée, je ne le voyais pas. Il était par terre, très concentré sur un montage en Lego avec 2 autres enfants. Je me suis accroupie, il m’a expliqué ce qu’il faisait. J’ai bien vu qu’il n’avait pas fini son parking alors je lui ai dit que j’allais chercher ses affaires. A mon retour, il n’avait toujours pas fini mais il m’a montré comment il aurait fait pour terminer son parking puis il s’est mis à tout détruire et à ranger tranquillement les pièces dans la boîte.

2. Je veux pas aller à l’école

Ca commence souvent le soir dans son lit. Si ce n’est pas moi qui l’ai couché, il m’appelle. Je monte, j’entre et je m’approche du lit. Je demande ce qu’il veut. Il me répond : « Je veux pas aller à l’école ».

Sueurs froides.

Rester calme.

Le sujet me touche toujours plus que de raison, ces mots me renvoient à mon histoire et j’essaie toujours, dans un premier, de dépasser les émotions qui remontent, mes propres projections de ce qu’il peut vivre ou ressentir là-bas… afin de chercher ce qui se cache derrière les mots, les siens.

Il y a la cantine, souvent. Ou comment parfois, je me dis qu’intervenir n’est pas toujours utile. Au début de l’année, il me disait être forcée à manger. Je suis allée discuter aimablement avec l’Atsem qui m’a expliqué la démarche : on leur demande au moins de goûter. S’il ne répond pas à la question « en veux-tu ? », on les sert. Mon fils a peut-être interprété cela comme une obligation de manger. Je me suis informée, j’ai eu une réponse. Mon fils est allé plus détendu à l’école, en sachant que j’en parlerais pour lui.

peut-être pas les épinards frais quand même…

La fois suivante, un soir en voiture, il me parle à nouveau de cette obligation de goûter qui l’agace, alors même qu’il connaît déjà l’aliment et sait qu’il n’aime pas. Je dis que les dames, elles, ne savent pas s’il a déjà goûté ou pas. Et j’ajoute que parfois, on n’aime pas certaines choses à la maison mais on peut les apprécier à l’extérieur, quand elles sont cuisinées différemment. Je prends l’exemple des épinards : il ne les aime pas chez nous mais en mange volontiers chez mamie… Il reste pensif. Le lundi suivant, il m’annonce qu’il aime les épinards de la cantine ! ^_^

Dans cette anecdote, je suis contente d’avoir apporté une explication qui semble l’avoir aidé à accepter le fonctionnement collectif, sur lequel nous n’avons pas vraiment de prise, sans que cela ne lui fasse trop violence.

3. Je veux pas faire ces activités-là

Un autre soir, dans son lit, il me demande :

– « Maman, qu’est-ce que je vais faire comme activités demain ? ».

– « Je n’en sais rien moi. Tu sais, c’est la maîtresse qui décide. »

Il finit par m’expliquer qu’il ne veut pas faire des collages, il en a marre. Et la peinture aussi. (mince alors, en maternelle, on est mal barrés !). Pourquoi ? Parce que ça l’énerve de se laver les mains après.

Hem… Well well well.

Bon, au moins, y’a plus dramatique comme cause de refus.

Oui parce que tu comprends, je suis obligé d’y aller même si j’ai pas de colle sur les mains. (Eh oui mon fils, c’est la collectivité.)

enfant pinceau à colle

Et t’es sûr que t’en as pas du tout sur les doigts ??

Au début, j’ai le réflexe d’expliquer et de raisonner : la maitresse ne peut pas s’amuser à vérifier qui a de la colle ou pas. Et puis c’est utile de se laver les mains plusieurs fois dans la journée, parce qu’elles se salissent avec plein de choses, par exemple dans la cour (« oui mais les activités, c’est avant la récréation maman ! » ok…) et puis pour ne pas attraper trop de microbes et éviter de tomber malade.

Il s’en cogne un peu.

En fait, parfois, je réalise que mon hyper-empathie est un peu handicapante. J’ai du mal à dépasser ça pour proposer une solution/une réponse basée sur autre chose que l’intellect. C’est-à-dire sur l’humour par exemple – et pour cela, je me dis que c’est bien d’être pour élever un enfant : deux approches, deux sensibilités qui se complètent.

Mais ce soir-là, je me surpasse !

Je ne sais plus comment mais tout à coup, la plaisanterie s’est immiscée (« on va lui dire nous à la maîtresse que t’en as marre des collages. » « Attends maîtresse, la colle, la peinture, ça va 5 min hein ! Nous, on en a ras le pompon de la peinture !!!« ). On est morts de rire. Lui de mes blagues, moi de voir son attitude se modifier. Il est détendu, vraiment, intérieurement. Il a les yeux pétillants. Et puis le son qui lui échappe, le rire qui éclate dans sa gorge.

Et il se recouche, heureux. Et il s’endort, apaisé.

Et je suis fière de moi sur ce coup-là. Et heureuse de lui apporter tout ce que je peux. Notamment la paix, parfois.

***

Oh bien sûr, ça n’est pas toujours comme ça et concrètement, l’école, c’est un sujet sensible pour moi.

Elles ne vont pas être simples les années à venir… 2 enfants, 2 scolarités… 18 ans de questionnements pour chacun au minimum…

Je leur fais confiance pour me parler mais saurai-je toujours les aider… voire rester en retrait, quand il le faudra ?

En attendant, j’en apprends à l’école, à SON école. Encore des bouts de moi qui remontent. Des bouts de lui que je veux préserver et d’autres que je regarde éclore, curieux et passionnés.

Je tâtonne beaucoup. Je réagis en fonction de l’intensité de l’émotion que je ressens chez lui et aussi de ma propre capacité à l’écouter sereinement. A accueillir sans toujours chercher plus loin, sans toujours proposer de solution, sans toujours chercher à dédramatiser et à le faire rire.

Comme toujours, je me sens équilibriste. Parfois satisfaite, parfois tiraillée et triste. Parfois en accord avec lui, parfois agacée ou submergée.

Je sonde ses besoins et les miens et je cherche l’équilibre ; à chaque fois que j’entends « je veux pas aller à l’école, maman !« .

Un sacré chemin nous attend.

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4 réflexions sur “Ce que j’apprends à l’école {ou l’écoute active mise à contribution}”

  1. Comme je te comprends, pas évident de savoir quoi leur répondre … Trouver une solution n’est pas toujours évident, surtout quand tu n’as pas tous les éléments. J’ai demandé à voir les maitresses (celle des lundi, mardi et celle des jeudi, vendredi, mercredi en rotation), elles sont très différentes et le poulette a du mal à s’ajuster à chaque changement.. pour le périscolaire, elle a enfin trouvé son rythme depuis 3 semaines mais nous entendons souvent le soir la même phrase que vous « je ne veux pas aller à l’école ».

    • Ici aussi il trouve peu à peu ses marques au périscolaire : avant les vacances, j’ai même eu l’impression que les employées municipales avaient un peu changé dans leur approche avec les enfants et qu’il se les était mises dans la poche 😉 C’est presque dommage qu’il change d’école mais bon, si on reste là, je pense que ça sera mieux sur le long terme.
      Sinon, ma dernière technique : pendant les vacances, on parlait des engins qui permettent de faire de l’exploration sous-marine (comme dans le dessin animé les Octonautes). Il disait vouloir faire ça plus tard ! Du coup, j’ai dit qu’il pouvait apprendre plein de choses à l’école qui lui seraient utiles plus tard pour être un octonaute 😉 (m’en fous, ça a marché ! hihi)
      Des bisous !

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