Ce soir, ma chérie

Ma chérie,

Ce soir en quittant ta chambre, je suis allée tout droit dans la salle de bains, pour me doucher – et j’ai pleuré.
Ô pas beaucoup. A l’intérieur, j’étais submergée. De fatigue, de rage, de culpabilité, d’amour.
Dans le miroir, je pouvais voir mon visage grimacer à la hauteur de ces tourments mais peu de larmes se frayaient un chemin jusqu’à mes yeux. Pourtant, ça m’aurait fait du bien.

Ma chérie, ce soir, une fois encore, j’ai tenté de t’expliquer combien il serait bénéfique à nous tous – mais surtout à nous tes parents, il faut l’avouer – que tu parviennes à t’endormir seule (en te proposant, démonstration à l’appui, diverses façons de t’accompagner dans cet apprentissage) et que tu limites tes réveils nocturnes.
Tu as hurlé, beaucoup. Comme si la force de mes propos, l’exaspération et la fatigue dans ma voix méritaient un châtiment auditif maximal, la pleine conscience de ton refus, la force de ta colère face à une telle injustice, après avoir été habituée à tout autre chose.
Je n’ai pas voulu t’apaiser en te mettant au sein, j’ai voulu « tenir bon », t’enseigner que tu pouvais t’endormir autrement… Enfin, dans mes bras en marchant, ça ne fait pas une grande différence. Oui mais je t’avais déjà laissée crier près de 10 min dans ton lit en tentant diverses techniques pour te guider vers le sommeil et je ne pouvais supporter plus longtemps la culpabilité et la pitié qui montaient en moi en voyant ton petit visage tendu de colère, en entendant tes cris perçants et révoltés (qui ont d’ailleurs, étrangement, aidé ton frère à lâcher prise et s’endormir dans la chambre voisine, après 1h30 de lutte – un malheur pour un bonheur ?).
Longtemps tu as hoqueté sur mon épaule, même une fois assoupie, même une fois déposée dans ton lit. T’entendre ainsi me crevait le cœur (malheureuse et défaite jusque dans les bras de Morphée), au moins autant que d’imaginer que tu pouvais te réveiller à tout moment en hurlant à nouveau, deux minutes seulement après que je t’aie posée.
Je me sentais impuissante, épuisée et écartelée, assise la tête dans les bras sur le carrelage de la salle de bains. Après ce grand cri que tu avais poussé, tu avais continué à hoqueter dans ton lit en faisant de petits bruits. Je t’imaginais éveillée dans le noir mais n’osant plus crier, n’osant plus appeler après ce que je t’avais dit, apres ma requête quelques minutes plus tôt, implorant pour un sommeil plus tranquille.
Et si je t’avais traumatisée ? Oui j’étais complètement à bout mais et si tu avais alors pris la résolution de refouler et de ne plus exprimer tes besoins simplement pour me satisfaire et t’assurer toujours de mon amour pour toi ? Quelle confiance en nous, tout doucement acquise durant ces 6 derniers mois, venais-je de briser ?

Je suis sans doute trop exigeante, ma pauvre puce, quand je pense à tout ce que nous avons « enduré » pour accompagner le sommeil de ton frère à l’époque. Tu as hérité de parents expérimentés mais usés. Et qui n’ont pas forcément appris de leurs erreurs d’ailleurs. Car comment expliquer, sinon, que nos enfants soient si peu enclins à rejoindre leurs lits avec sérénité – même 2 ans et demi après ??

Ce soir, j’ai l’impression d’avoir tenté de te livrer bataille et qu’après 3/4h d’une lutte qui nous a toutes deux laissées aussi fourbues que malheureuses, c’est dans les bras de ton père que tu as trouvé l’apaisement afin de reprendre le chemin des rêves.
Quant à moi, je me suis tournée vers mon clavier et vais me coucher le ventre noué. Sans entrevoir toujours aucune issue satisfaisante.
Sinon celle de mon amour pour moi, intact – dont je regrette que mes nerfs ternissent si souvent l’image et l’expression.

Partage les signaux de fumée avec tes amis

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*