Faut-il écrire ?

Lorsque je lis la biographie ou la présentation d’un auteur, je suis toujours surprise par le nombre d’entre eux qui n’avaient, semble-t-il, jamais pris la plume avant d’écrire un best-seller.

Je finis par me demander si les gens vivent aussi fréquemment que ça de telles révélations ou si je suis naïve et que cela revêt un argument marketing incroyablement romantique et « self-made man », ravageusement vendeur.

Le dernier exemple dont je me souviens, c’est celui d’un auteur américain que j’aime beaucoup et que son éditeur français présente ainsi :

« R. J. Ellory est né en 1965. Après avoir connu l’orphelinat et la prison, il devient guitariste dans un groupe de rythm n’blues, avant de se tourner vers la photographie. Seul le silence, son premier roman publié en France, a connu un immense succès » (je veux bien les croire, j’ai adoré ce livre)

Donc après la photo, un peu désoeuvré, il a pris un carnet et un crayon – ou son clavier – et s’est dit : « Tiens, si j’essayais de rédiger une petite bafouille pour voir ?« . Et BAM, best-seller sur best-seller, une chance comme on en fait plus. Là, en plus, on a un petit côté « mauvais garçon » + réhabilitation dans le parcours, c’est tip top ma bonne dame.

Pour le coup, moi qui rêve depuis je ne sais plus quand de publier un jour un livre  et qui m’échine à écrire des nouvelles depuis l’âge de 11 ans, je finis par me demander si je ne suis pas complètement à côté de mes pompes. Ma démarche est totalement contre-productive en fait.

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Bon OK… j’exagère un peu.

Il y a surtout beaucoup de gens qui ont passé (une bonne partie de) leur vie à écrire avant d’être révélés, publiant enfin un ou plusieurs ouvrages à succès. [Notez que publier un ouvrage tout court me conviendrait parfaitement aussi]

En fait, pour tout vous dire, je viens de réaliser un truc. Plusieurs même. Oui parce que dès que j’essaie de poser une idée, elle s’affrite arrivée à la moitié et plein de branches en pousse pour partir dans d’autres directions, à exploiter absolument, mais que je ne parviens pas à suivre toutes en même temps. D’où ma fréquente frustration et mon besoin d’écrire pour y voir clair dans ma tête, avant tout.

Je n’ai rien produit de finalisé depuis longtemps

C’est le constat que je faisais il y a quelques temps en échangeant avec quelqu’un. Je me disais lassée de partir bille en tête plusieurs fois par an, avec une idée qui me paraissait extrêmement prometteuse (pas tant en termes de succès potentiel mais plutôt en potentiel à être menée à terme – ce qui serait déjà grandiose), inspirante au possible, bref, limite le Graal.

Puis, au bout de quelques lignes, ou de quelques pages, les mots s’essoufflent, l’assurance fond, l’auto-critique afflue et la déception dépose sa lourde chape de plomb sur mon restant d’enthousiasme.

Je me dis que si c’est à 14/15 ans que j’ai été la plus productive et la plus capable d’aller au bout de mes écrits, c’est parce qu’alors, je n’avais pas l’auto-censure permanente qui m’affecte aujourd’hui. Je ne jugeais le résultat qu’après avoir épuisé la trame de mes idées, me contentant de corriger une répétition ici ou de reformuler une phrase là.

Depuis, plus rien ne m’a satisfaite, aucun brouillon ne m’a inspirée de furieuse envie d’aller au bout de ma pensée, coûte que coûte, juste pour voir [on peut admettre au passage qu’à 15 ans, j’avais certainement plus de temps libre à voler, peu de sources d’interruptions potentielles et grandement moins de responsabilités fourmillant dans mon esprit qu’aujourd’hui. « Mais tout de même ! », a envie d’ajouter l’exigeante petite voix, intériorisée pendant l’enfance, qui ne me quitte jamais].

Alors ledit quelqu’un m’a suggéré que, peut-être (oui, il faut prendre des pincettes quand je parle d’écriture), mon besoin d’écrire était davantage « thérapeutique » que littéraire (<= j’ai reformulé pour aller à l’essentiel). Et qu’une fois l’idée épuisée, la pensée évacuée de mon cerveau débordant sans cesse, le mécanisme qui me poussait à la rédaction s’éteignait : plus de besoin vital.

Moi je crois que je suis surtout du genre à papillonner. Mais bon, on a le droit d’être comme on est, paraît qu’il ne faut pas en prendre ombrage.

J’ai participé à des concours ces derniers mois

Et avec le recul, aidée par cette récente analyse, je me rends compte que quand j’écris, je cherche davantage à livrer un témoignage (le mien, celui d’une personne qui m’a atteint, un fictif) qu’à nouer et peaufiner une intrigue.

Or ce n’est pas le type de développement que l’on attend dans une nouvelle – le genre littéraire souvent proposé dans les concours, certainement pour sa brièveté, qui le rend potentiellement plus accessible. Car l’autre critère fondateur de la nouvelle est le suivant :

Dénouement de l’histoire surprenant et inattendu. On l’appelle également « chute » du récit. Le dénouement force souvent le lecteur à réinterpréter toute l’histoire.

Il y en a qui était fort pour ça – je me souviens de la forte impression que me laissait la lecture tardive de ses nouvelles au lycée (ou bien était-ce au collège ?) – c’est Maupassant, dans Le Horla et autres nouvelles fantastiques.

De mon côté, je suis nulle pour les chutes inattendues (ah si, quoique, le petit concours où j’avais eu un 3e prix en 2009, j’avais réussi à respecter la consigne au sujet de la chute. Exploit. Dont j’avais oublié de m’inspirer dans mes dernières tentatives). Cela suppose, je crois, de savoir où l’on va avant de commencer à écrire, d’établir un plan en quelque sorte et de procéder scientifiquement, presque (ceci explique cela).

Mais tant pis. Maintenant que j’ai peut-être compris l’un des points bloquants, je vais essayer de m’y remettre.

Auféminin vient de lancer sa nouvelle édition du concours annuel « e-crire auféminin« . L’un des thèmes proposés correspond très exactement à un début de texte, noté sur un bout de bloc-notes il y a 3 jours. Librinova, de son côté, remet ça avec HQN-Harlequin :un concours d’écriture sur « Le temps d’un été« . Sauf que cette fois, c’est du lourd. Je ne suis pas sûre d’avoir le temps (enfin l’inspiration, surtout. En fait.) d’écrire 165 000 signes (soit 80 pages environ) cet été.

Mais je garde l’idée en tête.

Parmi toutes les autres…

***

Belles vacances à tous.

carnet bleu à spirales Ikea

Je vais en profiter pour renouer avec le papier aussi…

Partage les signaux de fumée avec tes amis

13 réflexions sur “Faut-il écrire ?”

  1. J’ai participé au prix « Au Féminin » l’année dernière, boostée par tous les commentaires positifs que je pouvais avoir à propos de ma façon d’écrire. Depuis, j’ai remis les pieds sur terre… A peu près 90% de la blogo s’était lancée également, et l’été dernier s’est révélé être un vrai concours de notoriété sur les réseaux sociaux (oui, les votes se font via FB). Résultats sans surprise, si tu n’as pas de réseau, tu n’es rien!
    Je lirai ta nouvelle avec plaisir, et voterai pour toi avec encore plus de plaisir!!! Bel été à toi…

    • Personnellement, j’avais aussi été blasée pour les appels au vote et le fait que tout semblait dépendre de la taille de ta communauté.
      Mais après coup, j’avais lu un article d’Auféminin où ils expliquaient le processus de sélection : elle était en réalité faite en amont de la mise en ligne. Le jury lisait au fur et à mesure de l’envoi et faisait son choix à ce moment-là. En gros, l’incitation au partage, c’était plus pour amuser les foules. Quand j’ai regardé les vainqueurs, je n’y ai pas reconnu de grosse blogueuse (mais je ne connais pas tout le monde non plus), ça semblait être un choix véritablement fait sur la pertinence de l’écrit, selon les critères du jury.
      Tu me diras comment s’appelait ta nouvelle ? Je ne me souviens pas l’avoir lue l’an dernier.

      • La 2ème finaliste était Ginie Femme Sweet Femme, et l’une des suivantes Cynthia Maman Bavarde… Je pense donc que les votes sont bien pris en compte…

        • Ah bon ?! C’est bizarre, je me souviens pas du tout avoir lu ça, je pensais pas que Ginie avait gagné. Je vais retourner voir ça, je comprends plus du tout là…
          Mais c’est sûr que Ginie, elle, elle maîtrise bien l’art de la chute dans la nouvelle en tous cas (et dans ses articles en général) 🙂

  2. Et bien moi, je serais ravie de lire ta prose et je ne peux que t’encourager en ce sens puisque c’est une de tes envies/besoins (?) ! Merci encore de prendre le temps de partager des morceaux de vie, des questionnements, des doutes et des recettes (^^) avec nous. Bon été !

  3. Tu sais à quel point je te comprends et je me pose les mêmes questions que toi et l’envie d’écrire depuis à peu près le même âge.
    Des tonnes de texte commencés, quelques pages puis ça s’essouflent. L’impression de tenir LA bonne histoire que je mènerai jusqu’au bout puis pfffffuiiit. Plus rien. La panne.
    Moi aussi j’ai la fâcheuse impression que les autres prennent leur plume et écrivent un best-seller. (Je repense à Amélie Nothomb qui disait écrire plusieurs manuscrit mais n’en proposait que quelques uns -___-)
    Peut-être ne suis-je tout simplement pas destinée à écrire.
    En tout les cas, j’aime te lire et je trouve que tu as un certain talent pour choisir les mots et raconter ta vie. MAIS QUE FONT LES EDITEURS ??
    (je pense aussi qu’il y a une visée marketing dans ce concours. Editer quelqu’un qui a déjà une grosse communauté cela ne fait pas prendre beaucoup de risques à l’éditeur, c’est ma vision des choses pour ce genre de concours) (et moi aussi je me pose la question d’y participer ou pas…)

    • Tes mots me font vraiment plaisir Kiki, parce que je sais qu’on a le même rêve et un peu la même approche de la question 🙂
      Je me dis exactement la même chose : peut-être que je ne suis pas faite pour écrire ailleurs que dans un journal intime ou un sur un blog. Ou peut-être faut-il une discipline et une patience – et un talent, évidemment – que je n’ai pas. L’avenir nous le dira mais j’essaie de garder en vue que si c’est un plaisir, alors ça m’apporte déjà beaucoup.
      Merci beaucoup pour ta critique 🙂

  4. Je viens de laisser un commentaire sur ton ancien site au sujet des aventures de Pti tonique et le fait que tu partageais des exemples concrets (génial !) et puis je tombe sur cet article… 🙂

    Je ne suis pas un expert pour me permettre de te donner des conseils. Moi aussi j’essaie d’avancer dans le domaine de l’écriture, j’en vis (je suis auto-publié) et la seule chose que je puisse faire c’est de partager mon expérience. 😉

    En tout cas, arriver à publier n’est pas trop difficile aujourd’hui. Voici une interview pour expliquer mon processus (si tu me permets un lien) :
    http://blogueur-pro.com/top-des-ventes-kindle (Cela date de 2013 et certaines données ont changé)

    Voilà, j’espère que cela sera utile à toi ou d’autres ! (Et si tu as des questions n’hésite pas.) 🙂

    PS : Je suis aussi un grand « papillonneur » et j’en ai parlé sur mon blog :
    http://revolutionpersonnelle.com/2010/04/etes-vous-un-scanneur/ (Un 2ème lien ? J’espère que je n’abuse pas, sinon retire-le.)

    • Bonjour Jean-Philippe. Hélas je n’ai jamais pris le temps de relater la fin de mes ateliers F&M, exemples à l’appui. Mais je sais que c’est parlant, c’est vrai (et c’est amusant à raconter en plus ^_^).
      Merci pour tes liens et ton retour d’expérience, je vais les étudier attentivement.
      A bientôt 🙂

      • Merci ! 🙂

        Si tu n’as pas le temps de lire tout ces liens car tu es sans doute très prise (comme nous tous !), sache que tu as une belle plume. Alors ne laisse personne te dire que ça ne vaut pas le coup d’écrire (chute inattendue ou pas)… tu as des lecteurs et des lectrices quelque part qui attendent de te lire. 😉

  5. Bon déjà je pense qu’il y a erreur d’interprétation « son premier roman publié en France, a connu un immense succès » : je lis d’abord « son premier roman publié » ! Qui te dit qu’il n’en a pas écrit 50 autres qui n’ont pas été terminés, ou qu’il a finalement trouvés nazes, ou qui ont été refusés par 115 éditeurs ? Evidemment il va pas mettre ça dans sa présentation 😉
    Je crois que dans l’écriture il est nécessaire de prendre un plaisir à le faire, comme dans toute création, et de ne pas chercher le succès. C’est une quête qui me paraît trop risquée, trop incertaine, avec tellement de paramètres qu’on ne maîtrise pas du tout. Si tu écris dans le but d’avoir du succès, tu t’exposes à beaucoup de déception.
    En tout cas c’est le point de réflexion que j’ai atteint à force de me poser des questions sur le sujet ^^

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