A fleur de p(eau)tentiel

Il y a deux aspects de ma vie qui m’ont beaucoup questionnée ces derniers temps : l’incapacité à mettre mon cerveau sur pause et mon incapacité à m’épanouir au travail (en apparence due à mon manque d’organisation et d’efficacité). A de nombreuses reprises, y compris ces dernières années, cela m’a poussée à me demander si j’étais faite pour travailler, si je manquais de volonté, pourquoi j’étais aussi distractible et pourquoi je me sentais si peu persévérante, quelque soit l’employeur et la tâche.

Depuis que je suis à mon compte, la difficulté n’a fait que croître. Plus aucun cadre si ce n’est celui que je suis censée me poser toute seule. La vie domestique à portée de main, toujours plus tentante que de passer des appels de prospection téléphonique (oui oui, même faire la vaisselle paraît soudain impérieux). J’éprouve de plus en plus de difficultés à focaliser mon attention hors situation d’urgence extrême. Ce qui fait que je me demande quel besoin j’ai à systématiquement me mettre en difficulté, travaillant comme une forcenée pour effectuer une mission en deux fois moins de temps qu’il ne m’en faudrait normalement (enfin 1/4 de moins en tous cas, vu que pour compenser, je me retrouve à travailler à des heures indues).

A la recherche des contours rassurants et éclairants d’une case

J’ai eu le sentiment de me retrouver dans des éléments de diagnostic en ligne du TDA/H il y a quelques mois. J’en avais parlé ici (Troublée) et tous vos commentaires m’ont aidée. Car oui, je me retrouvais énormément dans les symptômes de ce trouble, tout en sachant que je ne pouvais pas être profondément atteinte non plus, étant donné que je parvenais quand même sans trop de difficultés à assumer une vie « normale » en famille et en société, depuis toute petite. Pourtant, il y avait vraiment des choses qui se passaient à l’intérieur de mon cerveau et que je ne savais plus comment canaliser, que je qualifiais d’handicapantes.

A la suite de mon article, certains m’avaient proposé la piste de la douance. Même si le fonctionnement si spécifique de ces cerveaux-là m’avait toujours intriguée et poussée à lire sur le sujet, j’y croyais encore moins pour moi-même qu’au TDA/H.

Puis une amie m’a parlé de son fils, qu’elle avait dû faire tester pour lui permettre de sauter une classe et de retrouver de l’intérêt à la vie scolaire. Elle m’a parlé des questionnements qui en avaient découlé pour elle, après avoir beaucoup lu sur le sujet. Elle a reçu le diagnostic, libérateur, à 36 ans passés. Armée de son score de haut potentiel intellectuel, elle a décidé qu’il était temps pour elle d’accepter la potentialité de ses compétences et de se lancer un nouveau défi. Temps de se trouver, professionnellement, et de se donner les moyens d’y arriver. Elle s’est lancée dans la préparation d’un concours qui lui tient à cœur – à l’opposé de sa formation initiale.

Alors j’ai voulu savoir. Je me suis dit que n’importe quelle réponse valait mieux que ce flou qui commençait à m’étouffer et à me rendre de moins en moins indulgente avec moi-même. Que les méthodes d’organisation que je lisais en quête d’un palliatif sonnaient juste – elles relevaient du bon sens, au fond – tout autant qu’elles tombaient à plat face à l’immensité de mon inertie et de ma procrastination.

Toujours remettre au dernier moment ce qui peut être fait le jour-même, comme ça si c’est raté, on saura pourquoi. Et on ne risque pas d’y retravailler 50 fois avant la date butoir.

Alors j’ai passé un test de QI, le WISC-IV. Formatée par des années de scolarité, toujours aussi peu sûre des réponses et en quête d’une validation permanente de mon interlocutrice, stressée. La confiance en soi, c’est pas pour aujourd’hui. L’hyperémotivité distillait son brouillard dans ma tête et m’empêchait d’effectuer les calculs les plus élémentaires, de disposer correctement de mes compétences réflexives. Je cherchais parfois compliqué là où c’était simple. Je me suis vraiment sentie à la ramasse, souvent.

Voyons voir d’où vient le problème…

J’ai passé les fêtes de fin d’année sans trop y penser, bien occupée par la famille, les amis, les trajets, les enfants.

Avec la rentrée, les résultats sont arrivés. Ils n’étaient pas nets. Un score non interprétable comme ils disent dans le jargon (j’en connais d’autres à qui c’est arrivé, d’ailleurs) mais supposé révéler tout de même un haut potentiel intellectuel.

Cette trop grande hétérogénéité ne permet pas d’établir un score final mais elle est finalement encore plus intéressante, une fois la frustration passée. Au-delà du total, de nombreux éléments viennent identifier un malaise, un décalage trop souvent ressenti, surtout étant jeune. Un domaine bien plus élevé que le reste et tout à coup, quand on en sort et que ça ne marche plus, le sentiment d’incompétence, de nullité, qui vous envahit.

Un diagnostic… mais après ?

Alors il y a le cerveau en arborescence, la mémoire par analogie, la compréhension fine des mots et du sens… Mais toutes les réponses ne se trouvent pas là. Le sentiment d’imposture a pu être généré par ce fonctionnement atypique (le mien) mais aussi être accentué par l’histoire personnelle, qui influe toujours sans que l’on puisse clairement déterminer dans quelle mesure.

[Je retiens d’ailleurs des choses intéressantes de cet échange de restitution, notamment pour veiller à accompagner mes enfants et à leur donner des pistes le moment venu pour ne pas qu’un décalage potentiel ne laisse s’installer un problème de confiance en eux et en ce qu’ils peuvent accomplir. Que cela n’atteigne jamais la valeur qu’ils se portent.]

Mais à présent, je suis là, avec mes réponses partielles qui demandent encore d’être réfléchies et digérées. Qu’en faire ?

Je ne le sais pas et j’en suis encore moins sûre lorsqu’en discutant avec d’autres professionnels de confiance, certains me disent regretter la simplicité outrancière de ces tests, qui ne sont basés que sur des connaissances (de la culture en somme) – même si je trouve que ça n’est pas tout à fait exact – et ne révèlent qu’une toute petite partie de l’éventail intelligent des êtres humains. Et que la définition de l’intelligence, ça pourrait être celle de Catherine Dolto, en substance : la capacité de chacun à transformer les expériences de la vie pour être heureux. Moi je rétorque qu’il ne s’agit pas de mesurer une intelligence brute mais plutôt d’établir la potentialité que tel cerveau fonctionne de telle façon, et ainsi de comprendre un ressenti, des difficultés particulières.

Le but premier de ce résultat, m’a confié la spécialiste lors de la restitution, c’est l’acceptation de soi. Qui mène à l’indulgence. Indulgence envers mon fonctionnement, mon cerveau, ce que j’accomplis ou non chaque jour. Pour m’auto-établir des objectifs adaptés.

Cela me permet d’identifier très clairement la source de mon appétit de lecture, d’analyse, d’information, de réflexion puis de régurgitation rédactionnelle. Un désir que j’ai le droit de continuer à satisfaire, sans tergiverser, simplement parce que j’aime ça, parce que c’est la nourriture que mon cerveau réclame. Sans me remettre en cause régulièrement, par rapport à ce besoin franchement étrange, comme si je ne savais jamais me satisfaire des réponses dont je dispose et que je devais toujours créer de nouvelles prises de tête nouveaux paradigmes.

Je m’efforce de prendre note que j’ai le droit d’exister telle que je suis.

Et puis les émotions

Et puis bien sûr, ça ne doit pas m’empêcher de travailler sur ce qui me complique quand même un poil la vie. J’ai nommées les pensées qui s’enchevêtrent et ne savent pas rester dans leur case en attendant qu’on les appelle, j’ai nommées les émotions qui débordent pour un oui ou pour un non, j’ai nommées mes multiples sensibilités qui me donnent le sentiment d’être si « lisible »…

Tout ce qui me fait moi et qui n’est pas un handicap, paraît-il. Mais que je pourrais bénéficier à canaliser. Alors je vais essayer, je m’essaye à la sophrologie pour cela (ça n’est pas gagné parce qu’aucune routine, quelle qu’elle soit, n’a jamais réussi à se tailler une place dans mon quotidien).

Pour ne plus pleurer parce qu’un gars gagne un séjour à Disney pour ses enfants à la radio, pour ne plus m’auto-flageller face à mon manque chronique de productivité la journée, pour ne plus… Pour rester moi mais en un peu mieux.

Enfin, ça reste à voir…

Alors je fais quoi ?

Je m’étais dit que si le résultat était clair et net, ce serait un signe. Le signe qu’il était temps de me prendre en main et de mener à bien un projet trop longtemps laissé à l’abandon – et toujours avec de bonnes raisons.

En réalité, le résultat n’est pas exactement celui attendu mais si ce n’est pas un signe… alors il n’y aura plus qu’à ce que quelqu’un fasse le boulot à ma place.

Je vais donc y réfléchir sérieusement et peut-être que cette fois, quelque chose en sortira. Peut-être.

Partage les signaux de fumée avec tes amis

8 réflexions sur “A fleur de p(eau)tentiel”

  1. Je me pose la même question que toi depuis plusieurs mois, j’ai lu le livre de Mme Siaud-Facchin qui m’a encore plus fait réfléchir, maintenant je ne sais pas si je vais faire ou non le test car si le résultat est ambigu comme toi, j’ai peur que ça soit pire …mais en même temps trop de questions de décalage restés en suspens …;

    • J’ai beaucoup aimé ce livre aussi (le seul que j’ai lu pour l’instant) et en le laissant traîner à la maison, mon père est tombé dessus un jour et j’ai le sentiment que ça lui a un peu ouvert les yeux sur le comportement de mon fils, le rendant plus indulgent ou « ouvert ». Donc j’aime beaucoup ce livre !!!
      Maintenant, je vais essayer de me trouver « Trop intelligent pour être heureux », pour voir si je peux y trouver des éléments d’apaisement ou de compréhension.
      Le résultat ambigu est un peu décevant au début mais malgré tout, on découvre que le plus intéressant, c’est le détail des notes dans chacun des domaines du test : c’est cela qui éclaire vraiment et peut rendre plus indulgent envers soi-même.
      Bon cheminement à toi aussi 🙂

  2. Mais tu dois être quand même soulagée de comprendre un peu mieux ton fonctionnement, fut-il hétérogène, non ?
    De mon expérience personnelle et familiale, je trouve qu’on retire de ces tests beaucoup d’indulgence, arrêter de lutter contre des choses qu’on ne peut changer et optimiser ce qu’on arrive à bien faire. Bref…On se prend moins la tête pour des broutilles.

    • Hello ! Oui, je suis soulagée et cela doit me permettre davantage d’indulgence, tant pis s’il a fallu les cases d’une mesure chiffrée pour que j’y parvienne enfin.
      J’essaie à présent de me fixer des objectifs professionnels quotidiens plus à ma mesure et je vais tenter d’alterner les plages de travail et les plages de plaisir dans une même journée, sans pression excessive. J’ai longtemps voulu ressembler à ces gens qui semblent capables d’être des bourreaux de travail, même sur des plages de temps restreintes, mais entièrement focalisés sur leur objectif, efficaces à fond pendant des journées entières. Au final, peut-être qu’ils ne le sont pas vraiment ; et quand bien même, cela ne fonctionnera jamais pour moi alors je vais essayer de l’admettre et de m’organiser selon MOI, sans être mon premier juge permanent.
      Bientôt, moi aussi je me prendrai moins la tête pour des broutilles. Merci 🙂

  3. Bonjour
    Je partage quelques unes de vos interrogations; notamment sur l’utilisation de mes capacités de réflexion, sur mes adéquation au monde du travail.
    Je ne veux pas faire de tests ou quoi. Pour moi, ce serait trop remuer le passé et notamment pointer du doigt mes parents (qui sont eux même sans doute un peu limite HP d’ailleurs).
    Je préfère trouver ma propre façon de vivre et tout ce qui tourne autour du yoga, de la médiation, de la communication non-violente m’aide beaucoup, notamment pour ressentir mes émotions sans les laisser altérer mon comportement outre mesure.
    Merci de nous faire partager votre parcours, cela enrichit ma réflexion.
    Bonne chance!

    • Bonjour Véronique,
      merci de partager aussi votre vécu, cela m’aide également. Je crois que par manque de confiance en moi (énorme), j’ai besoin de tests et de mesures (tout en les détestant) pour me confirmer que j’ai le droit d’être comme je suis. C’est compliqué…
      Je comprends tout à fait votre position et vous êtes sur la bonne voie il me semble. Je crois que ça n’est pas pour rien que j’ai vraiment accroché au yoga, depuis l’année dernière. Mon besoin de pacification de l’esprit est gigantesque et ça marche bien quand je suis là-bas, en plein cours.
      Bonne suite de parcours à vous aussi !

  4. Pingback : 1 an de freelance : un bilan, ma réalité - Madame Sioux

  5. Pingback : 1 an de freelance : un bilan, ma réalité | Madame Sioux

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*