Je dois être héroïque

Il y a 10 jours, comme je l’avais annoncé en évoquant mon angoisse de la séparation avec l’Iroquoise, je suis partie m’aérer chez ma soeur. Un séjour dont je reparlerai.

Je suis revenue avec un peu de lecture. Et notamment ce roman, d’un auteur que j’ai peu lu mais dont La délicatesse m’avait touchée :

je dois être héroïque

Depuis le début de ma lecture, je passe mon temps à regretter de ne pas avoir un crayon à portée de main pour souligner les 1001 petites phrases écrasantes de légèreté et de justesse qui se glissent sous mes yeux émerveillés.

Et puis enfin, deux paragraphes se sont succédés. Ils m’ont touchée en plein cœur, ont mis des mots si justes sur mon actuel sentiment de flottement que j’ai eu très envie de les partager :

Je voyais bien que nous partagions un bonheur tendre et stable, mais qu’elle ne m’aimait pas comme j’étais. Certains jours, je me sentais décevant à ses yeux. D’autres, j’étais heureux d’être devenu un adulte responsable. Contrairement à Louise, je me disais que c’était peut-être ça, le héros moderne : l’homme qui se lève tous les jours pour aller travailler, l’homme qui s’occupe de son enfant, l’homme qui planifie les vacances en famille, l’homme qui pense à payer à temps la taxe d’habitation ou l’assurance de la voiture. Il y a de l’héroïsme à vivre cette folie épuisante du concret.

Cela m’a presque donné envie de m’accrocher, cette idée que mon quotidien pouvait finalement être héroïque, selon la façon dont on le voit…

L’autre épuisement était le voyage incessant entre nos envies contradictoires. Au fond, les choses se sont déroulées ainsi au XXe siècle : il y a d’abord eu la naissance du bonheur ; en tous cas, le droit au bonheur et l’accès aux loisirs et aux vacances. Ce sont les années 1930, le Front populaire. Ensuite, nous sommes passés à la seconde étape de notre progression ; une étape qu’on peut appeler le droit à l’insatisfaction. Elle est apparue dans les années 1970, avec la légalisation de l’avortement, et du divorce bien sûr. On oublie parfois que l’adultère était interdit par la loi jusqu’en 1975. Nous avons ainsi acquis le droit de juger notre bonheur. Et nous voilà maintenant, dans la troisième étape, peut-être la plus douloureuse : celle de l’hésitation permanente. Nous avons le bonheur, nous avons le droit de ne pas être satisfaits de ce bonheur, alors s’ouvre à nous la multiplicité des routes. Quel est le chemin à prendre ? Je ressentais profondément la tonalité moderne de mon malaise. Je voulais une vie et son contraire. J’étais amoureux de Louise, j’aimais notre vie et notre enfant, et pourtant il m’arrivait d’étouffer. Je me disais que mon bonheur était peut-être ailleurs, dans une autre ville, avec une autre femme. L’idée de cette possibilité me rendait sec. Je me plongeais alors dans le travail.

Voilà. C’est ça.

Sauf la dernière phrase, qui ne marche malheureusement pas pour moi.

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10 réflexions sur “Je dois être héroïque”

  1. Il y a effectivement une forme d’héroïsme à assumer le quotidien, peut-être plus que dans le fait de partir à l’autre bout du monde …
    Quant au dernier passage, avoir la liberté, c’est avoir le choix. Quand on n’a pas de choix, on se pose moins de questions et les choses sont plus simples, plus sécurisantes.
    Et surtout avoir le choix, ça veut dire apprendre d’abord et avant tout à renoncer aux options qu’on ne choisit pas. Nous vivons dans l’illusion qu’avoir le choix veut dire pouvoir tout réaliser alors qu’avoir le choix veut dire « choisir ce qu’on veut réaliser » …

    Tiens ça ferait une belle idée d’article ça 😉 …

    • Ravie de t’avoir inspirée 😉

      Oui, la liberté, c’est très dur finalement. Quand tu ne crois en rien, ni religion ni destin, à part en toi-même, ça demande de répondre seule à de nombreuses questions…
      Et choisir, c’est laisser de côté, immanquablement.
      Il faut juste arriver à rester honnête tout du long pour voir si nos choix restent fidèles à ce que l’on est ou à ce que l’on devient. Sans pour autant baisser les bras trop rapidement…

      Enfin, y’a de quoi en faire qq séances !! 😉

    • Le choix ne sert à rien si on n’est pas capable d’écouter le plus profond de soi et de laisser faire notre libre-arbitre, non ?
      Je ne pense pas que partir « à l’autre bout du monde » soit une solution de faciliter. Mais je dis peut-être ça parce que je suis en train de faire mes bagages (même si ce n’est pas pour l’autre bout du monde). Ce choix est difficile, aussi. Probablement que ça dépend du caractère de chacun et de ce qu’un départ représente par rapport à nos valeurs. Mais il ne faut pas se perdre, quelques soient nos choix. Ca, ça me semble fondamental. Reste soi, rester vrai.
      Vaste débat en tout cas… Je vais voir pour me procurer ce livre en tout cas. Merci poru cet article.
      PS : principe de base : toujours avoir un critérium à portée de main 😉

      • Surtout que parfois, on part à l’autre bout du monde… pour y créer le même « quotidien héroïque ». Ca me rappelle une discussion avec un couple croisé à un mariage qui revenait du Canada et voulait fonder une famille. Ils avaient dit en substance : « à un moment donné, on s’est dit que quitte à faire métro-boulot-dodo, autant que ce soit près de notre famille, surtout quand on aura un bébé »… Ce sont des choix personnels (moi j’ai quand même bien envie de partir en ce moment !!!) et ce qui change tout, ça n’est pas là où on va, mais ce que l’on y apporte, ce que l’on veut être là-bas. Si ce point est clair, il le sera où que l’on soit.
        Ok, c’est peut-être un peu nébuleux ce que je dis mais… je me comprends 😉
        Merci pour ton commentaire.
        PS : en même temps, pas sûre que ma soeur aurait aimé que je lui rende son livre « critériumé »…

  2. Je n’ai jamais lu cet auteur, mais j’ai été tentée d’acheter son dernier livre….merci pour le partage, ça me donne envie de me lancer ! surtout que j’ai vraiment l’impression que tu parles de moi là….alors moi aussi je suis une héroïne ?

    • Un peu oui ! Nous sommes de sacrées héroïnes 😉
      J’ai offert le dernier livre de cet auteur à Mr Sioux… et je vais de ce pas le lire avant lui (comme d’hab) ! J’ai aussi très envie d’en lire d’autres, il a une façon de dire les choses qui les rend si délicatement évidentes… et douces, même quand ça n’est pas simple.

  3. Je ne lis plus, enfin si mais seulement des lectures juridiques 🙂 mais ces lignes me semblent emplies de mélancolie … je ne me sentirais pas le courage d’aller dans la mélancolie en ce moment …
    Si tu veux découvrir un auteur que je trouve incroyable (que tu connais peut être déjà ?) et qui, malgré un brin de mélancolie, diffuse une énergie incroyable et donne envie d’aimer l’amour : Mario Vargas Llosa, prix Nobel de Littérature en 2010 tout de même, un de mes très gros coup de coeur … Tours et détours de la vilaine fille, La tante Julia et le scribouillard, Le Paradis un peu plus loin, La guerre de la fin du monde … sont mes préférés. Le type est politique, historien, écrivain … Bref, une pensée pour toi, j’espère que les choses évoluent comme tu le souhaites …

    • Merci pour cette suggestion. Je le connais de nom et il me semblait avoir lu des ouvrages de lui mais visiblement non.
      Je le note, je suis avide de lecture en ce moment !
      A un de ces jours 😉

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