Je t’ai un peu menti, mon fils

Mercredi, nous avons roulé un petit moment pour aller chez le pédiatre. Vous n’aviez pas envie de dormir et tu m’as posé beaucoup de questions. Comme souvent lorsque ton corps est inactif, ta tête carbure. Nous sommes revenus sur la comparaison de la vitesse de différents engins (qui va plus vite, l’avion ou la voiture ? et si la voiture part beaucoup beaucoup en avance ? et cette moto qui nous a dépassé, elle ne va pas trop vite ?). Après les avions de chasse, nous avons abordé la guerre. Et tu m’as demandé :

« Mais dans notre pays, il n’y a pas de guerre ? »

J’ai hésité 1 seconde, des images et les sentiments des derniers mois se sont bousculés dans ma tête durant de longues millisecondes et j’ai choisi de te mentir. Je n’ai pas voulu ajouter à des angoisses existentielles déjà bien nombreuses.

« Non, pas dans notre pays » je t’ai répondu.

***

C’est vrai que les guerres n’ont jamais cessé. Couper une tête du mal, une autre repoussera. Les conflits migrent sur d’autres territoires suivant la folie et la rage de leurs instigateurs, le désespoir de ceux qui les suivent. Mais guerres et attentats n’ont jamais cessé et aujourd’hui, cela se passe aussi chez nous. Et les vies brisées se comptent par centaines. Un jour ce seront peut-être les nôtres, peut-être les vôtres.

J’ai été paralysée en novembre dernier, j’avais peur de me rendre dans des lieux de rassemblement, à des concerts…

Aujourd’hui je suis toujours aussi abasourdie, les larmes affluent, elles s’arrêtent juste au bord et refluent. Parce que je vais tout couper et que je ne veux plus me laisser déborder par le désespoir à la vue de ces visages, de ces images, de ces bilans, de ces comparaisons, de ces prévisions supposément non suivies, de ces drames qui s’accumulent.

Je vais envoyer les enfants faire un temps calme, je vais me recueillir un peu à tes côtés puis nous penserons à notre vie qui continue – notre vie chanceuse. Nous parlerons de nos soucis qui me visitent toutes les nuits, nous parlerons de nos envies  qui s’allument au gré des annonces immobilières et de nos calculs, nous parlerons de ces clients qui n’ont pas de savoir-vivre avec les freelances qu’ils sollicitent, nous parlerons de ce mini-nous tant espéré, nous parlerons… nous nous tairons. Les enfants reviendront, nous jouerons à la marchande, nous les regarderons courir et faire des glissades sur le carrelage avec des chaussons d’adultes, j’irai faire des cookies et nous partirons nous promener, faire voler le cerf-volant que notre grand a reçu d’un copain pour son anniversaire.

Parce que pour l’instant, notre vie continue. Et nous devons l’habiter dans ses moindres recoins, la sentir, caresser une jambe potelée, consoler une tête cognée, câliner la fin d’une colère et répondre à 1001 questions. Nous devons vous donner nos clés pour la vie, guider votre perception du monde, écouter vos appréhensions, ouvrir vos horizons et vous apprendre autant la tolérance que le respect. Pour les autres mais aussi pour vous-mêmes.

Nous avons une belle mission et nous allons nous concentrer dessus.

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