La question du travail (d’une mère)

C’est un questionnement récurrent chez moi. Comment être satisfaite de mon activité professionnelle, de ce qu’elle me rapporte, de ce qu’elle représente, des obligations qu’elle m’impose, du rythme qui en découle ?

Ce matin, je me sens un peu découragée.

Je fêterai bientôt mes 3 années d’activité en freelance. Si j’avais noté un décollage notable fin 2015, je n’ai pas eu le temps de le voir se poursuivre. Et ce, principalement, parce que j’ai fait le choix de me consacrer en partie, sur mon temps professionnel, à la co-rédaction d’un ouvrage. Même si je n’en aurai finalement rédigé qu’une part minoritaire, le travail sur ce livre m’aura mentalement « bouffée »  et épuisée ces derniers mois (ça touche à sa fin, plus que jamais, mais la conciliation avec le boulot et le quotidien reste une grande prise de tête) (enfin sûrement pas autant que pour ma co-auteure et je compatis !).

Enfin, de trop nombreux évènements m’ont vidée de ma substance et de mon énergie ces derniers mois, à vrai dire. Si nombreux que c’est le genre de choses que l’on étale normalement sur plusieurs années, si on peut choisir… genre « un drame à la fois, merci ». Mais bon, on ne choisit pas. Et surtout, soyons positifs, je commence enfin à être aveuglée par la lumière grandissante à la sortie du tunnel.

Mais dans mon boulot, je me suis vraiment laissée porter ces derniers temps et j’ai l’impression qu’il va me falloir beaucoup de détermination pour m’y réinvestir, projeter une stratégie, chercher de nouvelles opportunités, y croire en somme.

Or, si j’ai été heureuse de voir des demandes de devis intéressantes arriver ces derniers jours, une douche froide s’en est suivie. « Que pouvez-vous faire de plus ? Nous avons une offre concurrente à presque -50% ». Bin écoute, je peux danser nue autour d’une barre en même temps que je réalise la prestation, c’est mieux comme ça ?!!!  Comme dit une amie et collègue de coworking, à un moment donné, « faut arrêter de se prostituer » (ok, l’expression est délicate, je vous le concède et je m’en excuse, mais je pense qu’on s’est compris).

Alors je m’efforce de vendre mes prestations au plus près du temps que je vais y consacrer (même si on y passe toujours un poil plus de temps que ce qu’on facture, la plupart des freelances s’accordent là-dessus).  Mais je ne maîtrise pas tout : d’une part, je ne suis pas en autoentreprise, j’ai donc plus de charges que beaucoup de mes concurrents. C’est un choix, il faut l’assumer mais c’est clairement problématique par moments. D’autre part, tout le monde a besoin de manger et pour décrocher des missions, beaucoup n’hésitent pas à brader les prix. Parfois, c’est au détriment de la qualité, parfois non j’imagine mais je ne peux pas vérifier.

Je ne rêve pas pour autant de redevenir salariée mais j’ai du mal à trouver ma place, surtout dans les moments de doute et de fatigue. J’ai envie de ramener de l’argent à la maison : d’une part pour contribuer aux besoins du ménage et remonter notre niveau de vie (douce nostalgie quand je pense à ce qu’on gagnait quand j’étais salariée, sans être autant conscients de notre chance), pouvoir se permettre des extras sans piocher systématiquement dans les réserves (qui s’amenuisent) ; d’autre part, parce que cela fait partie de la valorisation du travail que j’effectue.

La tentation régulière de baisser les bras

En attendant, si je ne ramène pas les 1000€ mensuels qui sont le premier palier de mes objectifs (c’est dire comme c’est pas simple…), je contribue différemment et grandement à la vie de la famille, je le sais bien. Je le sais tellement que je vois très bien à quel point mes journées pourraient être parfaitement remplies en démarches, entretien de la maison et soin aux enfants – les mères au foyer opineront vigoureusement de la tête, je crois. Et je me demande régulièrement si ça ne serait pas plus simple.

Dans la seconde qui suit, je me rappelle que ça ne me conviendrait pas, que je ne me sentirais pas valorisée et que faire marcher mes neurones me manqueraient (je pourrais bloguer ou reprendre le temps d’écrire pour des sites qui font cogiter, comme les Vendredis Intellos, mais quitte à passer beaucoup de temps à réfléchir et poser des mots, autant que ça me rapporte un peu, hein !). Et quand j’en arrive à évoquer le sujet, dans les moments de désespoir, avec Mr Sioux, c’est lui qui me rappelle combien cela ne me satisferait pas – il me connaît.

Je n’ai aucune pression d’aucune sorte de sa part sur le sujet du travail, il sait que je fais au mieux et il trouve que je dois aller au bout de la reconversion que j’ai engagée. Mais nous rêvons tous deux de projets qui nécessiteraient des revenus mensuels un peu plus élevés. Et là, tout dépend de moi…

Ou alors j’imagine parfois que je pourrais bosser beaucoup moins, être présente à la maison autant que nécessaire (bon, c’est déjà un peu le cas, soyons honnêtes…), et consacrer le temps restant à vraiment, vraiment, écrire le roman qui couve dans mes tripes depuis des années sans jamais éclore.

Un jour il faudra que je consacre un article à la jolie ville médiévale de Crémieu

Un jour il faudra que je consacre un article à la jolie ville médiévale de Crémieu

Mais bien sûr, il y a la fameuse indépendance financière. C’est tentant de se dire qu’on n’est pas mariée à un connard (et j’en suis persuadée, heureusement), qu’on trouvera un moyen de joindre les deux bouts en cas de séparation, que l’autre ne jouera pas le rapiat sur la pension alimentaire (quoique, en cas de résidence alternée, il n’y en a pas…) ou autre pension de compensation pour les années où les femmes s’arrêtent pour s’occuper des enfants, etc. Mais on n’aura jamais le même niveau de vie que lui, qui a continué à progresser dans sa carrière depuis le départ – et c’est toujours un peu rageant à envisager (surtout que j’ai un exemple très proche de moi en ce moment, sur l’impact d’une telle situation, même quand on divorce très tard…). Or à l’heure actuelle, mon boulot ne me paierait même pas le loyer d’un appartement. Alors il faudrait que je retrouve un emploi salarié et je ne vois même pas dans quoi puisque je ne suis plus juriste depuis plusieurs années, les postes de rédacteur web à 100% n’existent pas et tout ce qui est dans la comm’ est globalement payé au lance-pierre. Et quand on n’est pas dispo pour faire des horaires extensibles, bye bye l’évolution…

Comment faire évoluer son activité ?

L’autre sujet de préoccupation, pour quand j’aurai arrêté de douter et que je me remettrai à croire à fond dans mon boulot qui me plaît, c’est comment on fait pour augmenter son salaire ne serait-ce que de 50% en 5 ans, quand on n’a pas des horaires extensibles (toujours pas) et qu’on peut difficilement crever le plafond des tarifs (remember, c’est déjà chaud de se faire payer correctement actuellement) ?

Je sais que certains se diversifient, ça me paraît être la seule option quand on ne peut pas augmenter la cadence. Mais pour quoi faire, comment, … ? La question méritera d’être sérieusement posée dans quelques mois et je me mettrai à nouveau en quête d’un peu d’aide sur le sujet je crois – mais autre chose que quelqu’un qui me dise « Bin il faut facturer 600€ la journée si vous voulez atteindre votre objectif de salaire » « Ok mais si personne n’est prêt à les payer, on fait quoi mon gars ?! ».

Allez, c’était déjà assez long pour une reprise. J’essaie de revenir avec du plus léger la prochaine fois. En attendant, si vous avez des solutions (ou des questionnements similaires), lâchez vous hein !

 

(cet article est franchement ironique quand on sait sur quoi j’écris en ce moment mais ça doit être ça, aussi, qui renforce mes questionnements)

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7 réflexions sur “La question du travail (d’une mère)”

  1. Déjà soutien virtuel, chaudoudoux et tout et tout !

    Une idée me vient à la lecture du billet.
    Fais-tu partie d’un réseau social professionnel ? Le genre qui organise des apéros, des mailing-list, des moments qui permettent de construire des partenariats et s’échanger des missions ?

    • Déjà, merci 🙂
      Oui, j’ai assisté à plusieurs de ces types de réunions et j’ai construit une partie de mon réseau comme ça. Ca marche, mais il faut prendre le temps et j’ai arrêté de le faire depuis 1 an. Quand je m’y remettrai, j’essaierai d’aller à des apéros (j’ai un réseau en tête pour ça) et de trouver un groupe fixe avec cette démarche où chacun cherche à recommander les autres chaque semaine.

  2. Moi qui réfléchis à faire autre chose, je réfléchis beaucoup à tout ça…
    Bravo encore à toi de t’être lancée dans l’aventure et bon courage pour regarder devant 🙂

    • Quand je réfléchissais à faire autre chose, j’ai adoré le coaching que m’a procuré la consultante du bilan de compétences pour aller au bout des différentes pistes et être encadrée (ça m’aide qu’on me prenne par la main).
      Tu sais si tu envisages du freelance ou du salariat dans un autre domaine ? (enfin, la réflexion se fait pas forcément dans ce sens tu vas me dire…)
      Si t’as envie d’en parler, n’hésite pas en tous cas 🙂

  3. Très intéressantes questions’ que se posent TOuTeS les femmes. Autour de moi c’est la constante: les hommes gagnent plus, les femmes moins voire beaucoup moins, voire arrêtent complètement de travailler car craquent de ces doubles journées.

    La question (pendant que les féministes combattent courageusement pour faire changer les choses), ensuite, c’est de savoir si on doit s’en plaindre, ou positiver la situation… En étant, plus que deux invividus, une vraie équipe solidaire, dans laquelle on n’inspecterait pas qui des deux rapporte le plus, mais où on regarderait le résultat global du travail accompli pour faire tourner la vie de famille.
    Il est aussi question de savoir valoriser aussi les réalisations domestiques (bouh, gros mot dans notre société occidentale! Et pas glam, en plus ;-), ne pas se dénigrer mais admettre que ce qu’on fait en élevant nos enfants, en faisant tourner la petite entreprise familiale, a peut être autant de prestige que d’être membre d’un conseil d’administration. Et cela n’enlève pas la possibilité d’être « intellectuelle », peut être même au contraire… Nombre de femmes au foyer réussissent à avoir plus de temps de cerveau disponible pour mener à bien des projets personnels, et même développer des business voire des activités épanouissantes. Les hommes ont moins souvent cette « chance ».

    Après il y a la question du SENS, et ca c’est un cheminement personnel, philosophique, une forme de sagesse à trouver… Mais ça me parait illusoire de croire qu’on peut être entièrement satisfaite sur tous les tableaux (même si la société nous lance le message contraire, qui, pour résumer, nous dit:

    « soyez amoureuse, suivez vos instincts, soyez libre, engagez-vous, épanouissez vous professionnellement, ne vous auto-censurez pas, faites plusieurs enfants, économisez pour l’avenir, brûlez la vie par les deux bouts, donnez du temps à vos enfants, ayez un travail qui ait du sens, ayez de l’ambition, allaitez, soyez une leadeuse, pensez à vous aussi, et puis faites vous des week-end en amoureux Grace à votre super salaire ».
    Ce message, à mon avis, il faut l’oublier… Au risque d’être malheureuse une trop grande partie de sa vie.
    (Et la vie est courte, et c’est maintenant qu’il faut vivre… Pas en pensant à plus tard, au divorce, à la retraite, à notre futur cancer, à alzheimer, etc… Ce n’est pas vivable, sinon)

    Je suis en train de lire « aussi longtemps que dure l’amour » d’Alain de Botton, un livre très intéressant qui fait l’éloge du couple au long cours. Il y a un chapitre qui traite de ces questions, des frustrations des femmes
    … Et des hommes, aussi. Il pourrait t’intéresser!

    Bon courage 🙂

    • D’un côté j’adhère à ta vision et je nous vois aussi comme une équipe (terme que je t’ai piqué depuis que je l’ai lu il y a longtemps dans un de tes articles), d’un autre côté je ne peux m’empêcher d’être un peu frustrée. Même si je SAIS que je ne me fais pas entretenir, qu’on fournit tous les deux un travail utile au bien-être de notre famille, ça me perturbe de ne pas gagner grand-chose. Et surtout, de ne pas être indépendante financièrement s’il le fallait – idée dans laquelle j’ai été élevée et que j’ai toujours trouvée pertinente.
      Après, il y a la réalité de la vie, la découverte du quotidien avec les enfants et du confort de vie que l’on souhaite leur offrir et qui n’est effectivement pas compatible, chez nous, avec 2 emplois à temps complet.
      Il y a aussi du positif quand je me dis que c’est aussi une chance de pouvoir vivre mes journées à mon rythme, sans courir pour être à l’heure au boulot avant que le chef fasse les gros yeux ou qu’un collègue balance une remarque. Evidemment, en « contrepartie » et même si mon mec n’a aucune attente particulière de ma part et qu’il ne lui viendrait pas à l’idée de me reprocher quoi que ce soit, mes journées sont en petite partie consacrées à la maison.
      J’avais eu cette discussion avec mon homme et il m’avait répondu que lui non plus ne considérait pas qu’il avait « tout ». Parce qu’il rate des trucs, parce que son boulot le passionne plus ou moins selon les jours…
      Alors oui, la vie est courte mais la vie est aussi faite de plein de séparations (j’en suis entourée) et ce sont toujours les femmes qui trinquent et ça me met vraiment en colère quand j’y pense.
      Mais bon, je crois que j’ai fait des choix, je vais essayer de vivre sereinement avec… et de devenir plus tard une romancière à succès qui vivra de ses droits d’auteur ! mouahahahah !!!!
      Merci pour la suggestion de lecture, je la note !
      Des bisous 🙂

  4. Pour répondre à tes questions, je vais un peu te présenter mon parcours, pour t’expliquer les solutions que moi jai trouvé.
    J’ai donc été consultante informatique un bon bout de temps. Horaires à rallonge, bcp de changements… Et comme toi j’ai toujours eu du mal à trouver un intérêt au travail, au rythme qui ne laisse pas de place à grand chose dautre…. Du coup, après mes deux filles, et après avoir repris deux fois alors qu’elles avaient 2 mois, je ne pouvais plus humainement suivre ce rythme, je me suis arrêtée un an et demi. Difficiles, certes, mais j’étais vraiment contente de pouvoir le faire. Et j’aurais bien continué.
    Et puis, la fameuse indépendance financière m’a explosé au visage puisque grosse crise de couple, telle que je me voyais déjà devoir chercher un appart avec mes deux gosses. Jai rapidement fait le calcul qu’en région parisienne, même si je rebossais, je pourrais seulement envisager de payer un 30m2. Entre temps ca s’est arrangé avec mon mari mais j’avais perdu cette confiance aveugle du « ça n’arrive qu’aux autres ». Je me suis donc mis à passer les concours de la fonction publique, parce que c’est quand même ce qui te permet le mieux de concilier vie pro et vie perso. Et que le boulot c’est pas toute ma vie donc repartir dans la consultance ou tu quittes tous les soirs à mini 19:00, merci.
    Je suis maintenant inspecteur des douanes. Relativement Bien payée. Ce qui va me permettre par rapport à un boulot sans qualif, de me mettre à temps très partiel (jai une copine a 60%) pour un salaire similaire à celui de caissière que j’avais envisagé de faire un temps, lorsque je voulais dégager du temps. Ou similaire à celui d’une freelance qui passe sa vie à penser à ca et à jongler.
    Voilà ma solution à moi :-). Allez courage, tout ça va s’éclaircir !

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