Le sexisme ordinaire dans l’émission « De Parents à Parents » sur Lyon 1ère

Il y a quelques semaines, j’ai découvert une initiative originale de Karine Boyer-Kempf, blogueuse, entrepreneure et animatrice lyonnaise : une émission de radio sur Lyon 1ère, qui convie la blogosphère parentale, pour parler aux auditeurs parents. D’où le titre de l’émission : « De parents à parents » (z’avez vu un peu). Alors après réflexion et suggestions de thèmes, j’ai été conviée à participer à une émission courant juin. Je souhaitais évoquer le thème du genre mais étant donné le format de l’émission, nous avons centré les échanges sur la question du « Sexisme ordinaire dans l’éducation de nos enfants« . Principalement à la maison, donc. C’est là que tout commence, après tout. Ayant des semaines vraiment chargées – et fatigantes, mais j’y reviendrai – ces temps-ci, je n’ai pas réussi à vous annoncer l’émission avant sa diffusion à l’antenne. Elle a en effet été diffusée mercredi 25 juin 2014 à 9h35 sur Lyon 1ère. Mais comme vous avez de la chance, sachez qu’elle sera à nouveau diffusée le 20 août 2014. Si vous êtes trop impatients ou trop loin de Lyon pour capter cette divine fréquence, vous pouvez aller écouter (et voir !) l’émission sur la chaîne YouTube de l’émission : logo-De-Parents-A-Parents-emission18 (2) Et plus précisément, la 1ère partie de l’émission, et la 2e partie. SCOOP : on m’y voit en vrai, en chair et en os… et même on m’entend (comme je vous dis) !

©Sandrine de S Comm C

Je suis de dos (pas folle la guêpe) (crédit photo : Sandrine de S Comm C)

Karine nous avait posé beaucoup de questions, à Marie et moi, pour nous aider à préparer l’émission. Et moi, faut pas me poser des questions, parce que j’ai toujours plein de choses à dire – surtout quand je me prépare à l’écrit. Comme je n’ai pas eu le temps de toutes les caser, je vais pouvoir me rattraper ici avec quelques éléments complémentaires. Vive le blog !

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Le passif

Chez moi, nous étions une fratrie de 2 filles donc je n’ai pas de point de comparaison sur la différence d’éducation / de recommandations que l’on peut faire entre fille et garçon. Si tout nous semblait ouvert en termes de perspectives (rien d’irréalisable parce que nous aurions été des filles par exemple), nous avons toujours subi les nombreuses précautions et angoisses d’usage, concernant notre liberté de déplacement – les risques d’agressions, etc. Mon père avouait qu’il aurait été plus détendu avec un fils. Je n’ai pas la réponse au dilemme : protéger ses filles contre ce qui est tout de même une réalité VS. en insistant sur ça, renforcer l’idée que l’espace public appartient aux hommes et que les femmes le traversent selon leur bon vouloir (harcèlement de rue ou indifférence, suivant leur humeur du jour et l’environnement ; voire agression sexuelle parce qu’après tout, une fille qui sourit ou est habillé trop court est empruntable à loisir).

Comment je m’y prends avec mes enfants ?

Chez moi, je peux jouer au laboratoire : j’ai un garçon et une fille. J’ai le sentiment d’avoir à peu près les mêmes attentes vis-à-vis d’eux. Celles-ci varient plutôt en fonction de leurs tempéraments / besoins (si différents !) et de leur âge qu’en fonction de leur sexe. Je pense qu’à leurs âges, 2 et 4 ans, ça reste assez simple d’avoir une éducation genrée. Je dirais même que c’est « simple » tant que l’extérieur n’influe pas trop sur les messages jugés normaux pour nous, que nous délivrons à la maison. Le premier problème qui va se poser à la maison, avec des enfants en bas âge, viendra des jouets selon moi. Cette éternelle et artificielle différenciation (purement marketing : car diviser, c’est vendre 2 fois plus !) entre « jouets de fille » et « jouets de garçon ». En gros, il y a les jouets « normaux », pour garçons ; et si une fille veut jouer à quelque chose, on va lui créer une déclinaison féminine (il faut croire qu’elle a du mal à s’identifier et à comprendre si ce n’est pas rose et en robe). La norme c’est le masculin, l’exception le féminin. En même temps, comme le dit Marie dans l’émission, il sera plus aisé pour une fille de s’approprier des jouets de garçon (au pire, on la traitera de garçon manqué ou on lui demandera d’être plus « calme ») que pour un garçon d’aller vers des jeux de fille (quoi, il veut danser et jouer à la marchande ?! remettons le vite dans le droit chemin !). Mais ce qui me peine beaucoup, moi, la façon dont on guide les filles vers des activités prédéterminées par le type de jouets proposés dans les rayons qui leur sont destinés. En gros, c’est ménage, maternage et princesses passives attendant son prince. Les garçons ont droit à de petits kits de ménage parfois mais les filles ne sont surtout pas censées quitter la sphère domestique et ne sont pas encouragées à vivre de vraies « aventures ». C’est une thèse développée et bien argumentée dans le très riche livre Contre les jouets sexistes, présenté sur Les Vendredis Intellos il y a quelques mois, en 4 billets. contre-les-jouets-sexistes Au quotidien, j’essaye surtout de ne pas avoir d’a priori sur les jouets, de ne pas tenir de discours tout fait. Je n’ai donc jamais dit « c’est un jouet de fille / de garçon ». Et quand il arrive à mon fils d’avoir un discours de ce genre, je le reprends en disant que c’est pour celui qui veut y jouer. Ils ont la chance d’être dans une structure d’accueil où les jouets sont mélangés et ils jouent librement à tout ce qu’ils voient, ce qui leur fait envie sur le moment.

Là-bas, mon fils démonte la cuisinière à la perceuse puis donne à manger à la poupée dans sa chaise haute, part en vacances en tant que papa/maman avec sa copine préférée, avant de faire des courses de poussettes-bolides avec son copain.

J’ai été déçue qu’à 18 mois, ma belle-mère commence à offrir des jouets que je qualifie de genrés à ma fille et qu’elle m’avoue même les avoir « cherchés » (voir Entraînes-toi petite fille, tu seras mère). On dirait qu’on a vraiment dans l’idée que la petite fille voudrait naturellement pouponner et non que ce sont les marchands de jouets qui suggèrent cela. Alors moi, je lui ai acheté une petite voiture pour Noël. Na !

L’exemple de papa et maman

Alors pour une éducation non genrée*, quels préalables, notamment à la maison ? Selon moi, le meilleur moyen de faire évoluer les mentalités, c’est l’exemple. C’est-à-dire voir que chacun de ses parents, homme ou femme, peut être compétent dans différents domaines de la vie (même si chacun a ses préférences). Exemple : chez nous, papa et maman exécutent à peu près les mêmes tâches. Surtout depuis que j’ai rééquilibré la donne en demandant à Mr Sioux de participer aussi à la gestion du linge (c’est moi qui voulais garder cette tâche avant pour que ça soit fait « à ma façon »). Le seul truc dont je suis la seule en charge (sauf en cas d’absence, of course), chaque jour, c’est la cuisine – c’est un peu lourd parfois mais j’aime cuisiner, comme vous le savez sûrement. Et Mr Sioux est prioritairement en charge du jardin et du bricolage. Ca peut paraître sexiste comme répartition mais à chacun ce qui lui convient, du moment que l’on sait chacun intervenir dans les domaines de l’autre en cas de nécessité. Par contre, le repassage et la couture, c’est plutôt l’affaire de papa et la gestion des poubelles, c’est plutôt la mienne – si l’on veut contrer les stéréotypes habituels. Quand mon fils était petit, au début de la parole, il aimait désigner les objets de la maison est dire « à qui » ils étaient : le robot ménager était à maman, la centrale vapeur à papa. De même, il lui arrivait de dire que papa était plus fort que maman (physiquement). Et un peu plus tard, alors que je les portais tous les deux ensemble, sa sœur et lui, pour monter les escaliers de la maison, un sur chaque hanche, il m’a dit : « Waaah, toi t’es forte maman ! ». C’est une chose que je fais depuis que sa sœur est née mais là, il a eu le déclic et me dit souvent maintenant « Toi t’es forte hein, maman ? ». Mais carrément mon chéri !!! Non mais ! Et quand son pantalon est déchiré, il ne se pose pas de question, il dit : « Il faudra dire à papa de le recoudre ! ».

 

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En guise de conclusion, j’ai envie de faire passer le message suivant :

Laissons les tempéraments s’exprimer et les enfants aller vers ce qui les attire, sans les inciter ou les décourager dans un sens comme dans l’autre.

Car bien entendu, le but n’est pas d’empêcher une fille de jouer à la poupée et un garçon de jouer aux voitures. Mais surtout, le but n’est pas d’enfermer les enfants dans des tempéraments convenus, qui altéreront leur estime d’eux-mêmes ou leur mettront la pression s’ils ne correspondent pas aux attentes exprimées. J’ai envie qu’à tempérament égal, on ne dise pas d’un garçon qu’il a du caractère et d’une fille qu’elle est difficile ou colérique.

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Voilà. Il ne s’agissait pas d’une analyse méthodique de la question du sexisme mais plutôt d’un témoignage, le mien – et de quelques pistes. Pour les analyses et ce qui est de dénicher le sexisme ordinaire là où il se cache, voici quelques lectures inspirantes :

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Pour finir, une info interview. Karine a profité des émissions pour tirer le portrait aux blogueurs invités. Mon interview façon « enfantine » est en ligne sur son blog (avec photo d’époque à l’appui). Vous pouvez retrouver celle des autres parents blogueurs, illustrées de leurs jolies trognes également par là : Imaginaire enfant – les blogueurs.


* j’entends par « éducation non genrée », une éducation où chacun, fille ou garçon, est libre de ses choix, de ses faits et gestes, une éducation où ceux-ci ne sont pas guidés par la bienséance des comportements attendus pour une fille ou pour un garçon mais où ils peuvent s’exprimer comme étant leur particularité, sans considération de leur sexe biologique.

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