Le sport et moi : une nouvelle chance ?

Ce soir, je vais faire de l’escalade. Et j’ai peur.

Je n’ai pas peur de ne pas y arriver, ni de tomber, ni de me retrouver bloquée à ne plus savoir quelle prise attraper. Ni d’être tétanisée à quelques mètres du sol, incapable d’aller plus loin – pourtant, je devrais peut-être, me dis-je en me remémorant ma séance d’accrobranche il y a quelques années, accompagnée de la découverte de la peur qui paralyse, qui bloque les muscles tandis que les pensées s’emmêlent.

Mais ce que je redoute demain soir, c’est de n’être capable de rien. De ne pas savoir me dépasser pour fournir les quelques efforts nécessaires qui pourraient me permettre d’avancer suffisamment, me permettant de me dire que j’ai pris plaisir à ce que j’ai fait.

De toutes façons, je me suis toujours sentie incapable d’aller vers un quelconque dépassement physique de moi-même. Déjà, intellectuellement, l’idée de me dépasser me coûte mais au moins, avec l’école puis les études, je n’avais pas le choix et devais bien faire le minimum pour progresser.

Physiquement, je me sens nulle. Depuis l’école primaire où j’étais mal à l’aise dans ce corps trop grand qui dépassait d’une tête tous les garçons de la classe, dans ce corps hyperlaxe qui me faisait défaut en enchaînant les chevilles tordues, depuis le collège puis le lycée où je me sentais si maladroite et peu à ma place dans tous les sports collectifs, où j’étais celle que l’on ne choisissait jamais au moment de former les équipes et qui se demandait si fort ce qu’elle faisait là.

Très vite, j’ai senti qu’on n’attendait plus grand-chose de moi dans ce domaine-là. J’étais une intellectuelle, il fallait s’y faire. Et c’était déjà pas mal, après tout.

Voilà pour l’étiquette, que j’ai tranquillement laissée s’infiltrer, jusqu’à assumer le marquage et brandir l’idée telle un tatouage.

Pourtant, les activités sportives extrascolaires étaient obligatoires chez moi. Alors chaque année, j’en changeais, dans l’espoir de trouver quelque chose qui me plairait suffisamment pour générer en moi l’envie d’y retourner toutes les semaines et enfin de me surpasser. Mais je me disais qu’elle ne viendrait que si je me sentais à même de devenir compétente dans ladite activité. Or comment le devenir sans fournir d’effort réel et prolongé ? Sans avoir la « niaque » finalement. Et on en était bien loin, à mon grand désespoir, notamment lorsque mon activité du moment impliquait la participation à une compétition annuelle.

Natation, danse contemporaine, gym, badminton, GRS, judo, volley-ball, danse jazz, tennis, … J’ai enchaîné les tentatives.

Dans quoi aurais-je pu exceller ? Il y a bien une ou deux activités dans lesquelles je prenais du plaisir mais le groupe, la comparaison inévitable avec celles et ceux qui progressaient réellement, qui se passionnaient… m’amenaient toujours à baisser les bras, à me sentir inapte.

Jusqu’à ce que je tente le yoga. Une activité, une philosophie, des bienfaits sur le corps comme sur l’esprit, sur la santé, … Une activité dans laquelle j’ai rempilé avec plaisir cette année, et que je poursuivrai très certainement l’an prochain. Tout en étant consciente que je suis encore bien loin de la rigueur et de la pratique véritablement régulière qui en font tout l’intérêt et les bénéfices.

Mais parfois, j’ai encore l’espoir de me dépasser dans quelque chose d’autre, un sport « reconnu »… un truc où les progrès sont visibles. Je reste tributaire d’une dimension qui puisse se mesurer.

J’envie toutes ces jeunes mères attirées par la vague actuelle du « running » (je crois que « course à pieds », c’est has been) qui se lancent et semblent y prendre leur pied, pour leur corps comme pour leur esprit. C’est une activité dans laquelle je ne m’imagine absolument pas (à part en mode rouge écarlate au bout de 200m et tiraillée par les points de côté au bout de 600m, en proie à toutes mes pensées, à me demander ce que je fais là, alors que le paysage ne défile même pas assez vite), même si une amie à presque réussi à me convaincre la semaine dernière 😉

Image by © Francis Zera/Spaces Images/Corbis

Alors voilà, suite à des échanges sur mon lieu de travail, j’ai eu envie de tester l’escalade. Un sport où l’on est principalement face à soi-même, tout en bénéficiant de l’émulation d’un groupe et, a minima, du soutien et de la confiance de son partenaire de grimpe. Où la concentration requise doit permettre de se vider la tête et où peut-être, les apprentissages du yoga pourront m’être utiles.

Et ça se passe ce soir.

De quoi serai-je capable ? Parviendrai-je à prendre plaisir dans cette activité sportive-là, alors que j’ai échoué dans tant d’autres ? Puis-je me faire une idée arrêtée après un seul essai ?

Non, je ne me mets pas du tout la pression, c’est pas comme si c’était un mécanisme longuement ancré.

Wait and see…

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9 réflexions sur “Le sport et moi : une nouvelle chance ?”

  1. C’est génial l’escalade, j’en ai fait ado, pendant l’été, deux ans de suite, et j’ai adoré !
    Pourtant, j’étais déjà obèse, pas à l’aise avec mon corps et loin d’avoir des muscles et du souffle.
    Régulièrement, je me dis que je vais en faire, m’inscrire… Mais le coût… Ouille….

    • Eh bien, tout le monde semble dire que ce sport devient vite addictif 🙂
      Je me suis pas encore questionnée sur le coût mais je crois que l’abonnement à une salle n’était pas donné oui… On verra en temps voulu !

  2. Et à combiner sport et autre chose, par exemple randonner dans la nature ou faire du cheval en balade, ou du kayak ? Ou encore sport et art avec la danse africaine, la capoeira, etc. ?
    J’ai toujours, au contraire, aimé me bouger et faire du sport, car mon corps réagit plutôt positivement : endorphines, muscles qui se construisent par exemple (ça c’est quand on persévère).
    Courir, en revanche, je n’ai jamais compris le but : on court à des endroits où marcher serait suffisant, en ville, je préfère marcher.

    • Je crois que tous les corps réagissent positivement au sport, en termes d’hormones et de musculature… faut juste avoir la motivation pour le mettre ainsi en mouvement. Mais une fois que c’est fait, j’imagine que ça fait un bien fou !
      Randonnée dans la nature, c’est pas forcément le truc qu’on peut faire tous les jours même si c’est top. Je suis allergique à mort au cheval. Et sinon, les sports nautiques, c’est vrai que c’est bien. J’avais bien accroché lors d’une séance découverte de l’aviron l’an dernier. Je pense que je pourrais retourner vers ça si je peux me dégager du temps 🙂

  3. Comme toi je suis un peu admirative et envieuse des « runneuses », et pourtant la course à pied est vraiment le dernier sport que je choisirais, pour les mêmes raisons que toi (avec option mini souffle au cœur). J’ai aussi testé plein d’activités sportives, mais il faut croire que je suis davantage dans l’artistique tant je n’arrive pas à garder la motivation bien longtemps. Alors je me contente des sorties vélo et roller avec les enfants, et quand j’ai vraiment besoin de me vider la tête, une séance piscine + hammam me convient bien. Et sinon, le piano me permet aussi de me défouler, quand je trouve le temps 😉

    • L’essentiel, c’est de trouver un équilibre pour le corps et l’esprit dans ce qu’on fait.
      Ah la la, le piano !!! Ca et le chant, je rêve de m’y remettre un jour parce que ça fait du bien à de nombreux niveaux je pense. C’est chouette que tu puisses en faire (moi je ne sais plus jouer que le début de la Lettre à Elise :-p )!

  4. Je prends mon identité « runneuse » (tu comprends pourquoi on ne dit pas forcément « coureuse »… ouais, je crois ^^) pour saluer ce nouveau saut un peu plus haut dans la découverte de toi-même ! J’aime courir comme on aime méditer : un effort physique intense (plus intense que la marche) en pleine nature, c’est ce que j’aime par dessus tout !! Je serai bien incapable de courir en salle par exemple. C’est aussi ce qui m’a toujours retenue dans l’escalade : il faut en grande partie s’entraîner en salle !

    • Merci de le saluer et de le dire 🙂
      Apparemment, tu peux même débuter en falaise, il faut juste en trouver des accessibles aux débutants. C’est une sortie prévue par les encordés pratiquant et à laquelle je pourrai apparemment me joindre sans problème, si j’accroche effectivement à la grimpe !
      Mais je comprends tout à fait ton désir de te retrouver dans la nature. Ca fait un bien fou et je ne le fais pas assez, même si j’y évolue tous les jours, à la campagne…

  5. En même temps, je suis (étais ?) une (grande) sportive depuis longtemps. J’aime faire du sport et je me débrouille souvent plutôt pas mal. Mais le moment de s’y mettre n’est jamais fun hein, surtout pour la course à pied ! Encore en sport collectif, tu as le plaisir d’aller retrouver les copines.

    Mais en individuel pfiou …

    Je cours facilement 1h voire plus sans avoir mal ou avoir l’impression de mourir. Mais franchement je dois me mettre de sacrés coups de pieds au c*** pour enfiler mes baskets et ne pas prêter foi à la moindre excuse : pas le temps, la maison à ranger, du boulot, lire un livre, passer du temps avec mon mari ou mes enfants, etc. Une fois partie, ça va … sauf les fois où ça ne va pas : le souffle court, mal au dos, au genou ou à la cheville. Et alors il faut encore sacrément aimer se faire mal pour continuer malgré tout. Encore une fois en sport co, ça me parait plus simple : on a aussi les encouragements des autres quand ça va mal, il y a le plaisir du jeu qui vient pallier les moments où on rate tout, où on doute. Je me souviens d’entrainements de basket où j’avais le goût du sang dans la bouche lors d’exercices particulièrement violents physiquement, voire où j’ai vomi d’efforts.

    Si on y réfléchit bien, faire du sport … et surtout vouloir progresser, c’est aimer se faire mal un peu quelque part (sauf dans le yoga où cette notion est effectivement moins présente) parce qu’il faut bien se forcer pour progresser. Et si on ne progresse pas, on ne se fait pas plaisir.

    Peut-être qu’il faut être un peu con pour aimer le sport finalement 😀
    Et ceux qui veulent te faire croire que « le sport, c’est que du plaisir et c’est vraiment trop génial », ils (se) mentent un peu beaucoup 😉

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