Les femmes au travail : estime de soi et épanouissement [mon témoignage 1/2]

Lundi, en discutant (en)vie professionnelle au féminin et « désorientation » (comme le dit fort à propos Mme Déjantée) avec des Twitcopines, l’envie est née de rédiger cet article. Leurs questionnements, leurs angoisses et leurs sentiments d’inutilité me donnaient envie de leur répondre des tas de choses, de leur dire combien je les comprenais et surtout combien elles pouvaient avoir de la valeur – professionnellement parlant – même si elles en doutaient. Mais 140 caractères, même x4 ou x5, ça ne me paraissait pas suffisant.

Parce que ce malaise ne m’est que trop familier. Je l’ai croisé de nombreuses fois en échangeant avec d’autres femmes – particulièrement chez les (jeunes) mères il me semble. J’ai longtemps partagé ce sentiment d’errance, de doute. J’en avais même fait quelques billets en 2011 ou 2012 il me semble… Oui, voilà ! Le bien nommé Suis-je faite pour travailler ? (et sa suite : Allez, je continue à travailler finalement) ou encore Un ordre nouveau.

Je crois que les causes sont multiples et propres à l’histoire de chacun. Mais pour ma part, j’en identifie deux :

  • L’école (et un peu les études). L’effet délétère des notations, des comparaisons, de l’obligation d’être évalué sur tout, même ce que l’on est pas prêt à apprendre (par goût ou par décalage avec ce qui serait le « bon moment » pour nous). Voir mon dernier article sur les Vendredis Intellos où il est question de modalités d’apprentissage : L’apprentissage informel, l’IEF ou comment les enfants sont moteurs de leur apprentissage. Ce n’est peut-être pas la solution ultime mais je n’imagine même pas combien de séances de psy ou de coaching on économiserait si on pouvait se permettre de suivre le rythme d’apprentissage de chaque enfant. Plus de mise en échec, mise en compétition, perte d’intérêt ou baisse de motivation pour l’apprentissage au sens large face à un apprentissage contraint dont on ne comprend pas toujours l’usage immédiat… Je pense notamment à la classe prépa, où notre prof le plus passionnant et amical a eu beau me dire en fin d’année que les notes n’étaient pas le reflet de notre valeur personnelle intrinsèque, quand tu tournes à 5 ou 6 de moyenne générale, t’as un peu de mal à voir en quoi tu peux « valoir » quelque chose. Cela dit, j’en garde de bons souvenirs pour l’ambiance, les amis et le savoir qui était quand même dispensé de façon différente et sous un angle (enfin) nouveau par rapport aux 15 années précédentes de scolarité.

femmes au travail - livres

  • La maternité, ou la redéfinition des priorités dans tous les domaines de la vie. Et assez souvent dans le domaine professionnel. Pour de nombreuses mères (ça bouleverse quand même plus rarement les choix professionnels des pères), c’est l’occasion de se questionner sur l’opportunité ou non de rester avec leur enfant au-delà du congé maternité. Et pour celles qui choisissent de reprendre le travail rapidement – par choix ou par nécessité – il arrive aussi qu’une nouvelle quête de sens nous habite, que l’on considère différemment ce poste dans lequel on s’épanouissait auparavant – ou du moins dont on se satisfaisait. Quitte à ne pas voir mon enfant de la journée, autant que ce soit pour faire un truc qui me plaît ! En tous cas, le temps passant, c’est une chose qui m’est apparue de plus en plus fortement, personnellement…

Je ne développerai pas outre mesure ces deux points – ça pourrait faire l’objet d’un article supplémentaire, riche en recherches et études sur la question – parce que dans cet article, je souhaite avant tout témoigner.

Témoigner du positif pour redonner confiance à d’autres, à mon humble échelle.

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Parce que moi, il y a des personnes qui m’inspirent. Je n’ai pas la prétention d’être de celles-là – j’ai encore tellement l’impression de tâtonner dans ma nouvelle voie – mais je trouve que ça fait du bien de se projeter grâce à ceux qui réalisent leurs rêves, qui se sont trouvés. Ca n’arrive pas du jour au lendemain, pour qui que ce soit à mon avis. J’imagine que les maîtres mots doivent être persévérance et (beaucoup de) travail. Et certainement soutien et confiance aussi, de la part de l’entourage.

Je pense par exemple à l’hyperactive Mère Bordel, dont on ne compte plus les projets (et bientôt plus les livres publiés), à l’humour et à la plume de Marie Perarnau (qui vient de terminer son 3e livre !!!), à la pétillante Marie Grain de Sel qui vient aussi de suivre le chemin de la reconversion pro avec joie et bonne humeur, à Korrig’anne, qui s’est lancée il y a un peu plus d’1 an, persévère et rencontre le succès… Si les autres y arrivent, pourquoi pas moi ? Voilà ce que je me dis. D’ailleurs, c’est certain (si si), Un jour, j’écrirai un livre (enfin j’irai prendre en otage un éditeur pour qu’il le publie en tous cas).

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Mon cursus

Au départ, mon rêve, c’était d’être journaliste. Ca me tenait depuis longtemps quand j’ai achevé mon bac L. « On » m’a intimé suggéré : Ok mais dans ce cas, emprunte la « voie royale ». Va falloir faire prépa lettres + Sciences Po + école de journalisme. (ben voyons…). La prépa, j’en ai parlé plus haut. N’étant pas acceptée en 2e année et ayant foiré les concours d’entrée que je n’ai pas préparés à Sciences Po, je choisis de poursuivre en fac de langues (anglais). Mon DEUG en poche, je me rends compte que si je reste là, ça ne me mènera nulle part à part à l’enseignement, ce qui n’est pas ma tasse de thé. Je décide de préparer les concours des écoles de journalisme avec une prépa à distance. Mais pour ne pas « perdre » une année d’étude pendant ce temps, je m’inscris en licence de droit. Parce que le droit, c’est un peu généraliste, un peu de la culture gé et que ça m’intrigue un peu aussi. Il s’agit d’un magistère (cursus à thème sur 3 ans, on y rentre en licence et on reste jusqu’en master 2 si tout va bien, on est en petit effectif et on combine matières juridiques + matières technologiques) un peu particulier, c’est vraiment intéressant. Avec 35h de cours par semaine + le travail à la maison (et 2 ans de droit à rattraper), je n’arrive pas à faire la prépa en parallèle et laisse tomber. Au final, je vais jusqu’au bout du cycle et me retrouve avec un Master en droit des affaires.

Juriste, donc. Comme métier. C’est pas pareil que journaliste hein ?!

Mais la vie continue…

femmes au travail - livres et marteau justice

Mes débuts professionnels

J’occupe 2 postes différents en 5 ans. Beaucoup de questionnements jalonnent ces expériences, où l’environnement et les missions ne sont pas toujours propices à la valorisation de mes compétences ni à la valorisation de mon estime de moi (je suis certainement encore pleine d’illusions). Lorsque je décroche le 2e poste (candidature spontanée), je suis tout juste enceinte de Pti Tonique mais j’y crois à mort : nouveaux challenges, j’ai vraiment envie de m’investir dans un boulot qui me plaît, le poste est polyvalent, j’aime ! C’est prometteur, tout-est-possible étant un peu leur leitmotiv, même si je commence à sentir un manque de cohérence ou de constance dans le management. Je pars en congé maternité et là, bien sûr, mes objectifs évoluent un peu… Je demande un 80% et pour pouvoir récupérer mon fils à une heure décente chez la nounou, je peux difficilement faire plus que « mes heures ». Quand vient l’heure du bilan 1 an après, je sens que je peux dire aurevoir au statut cadre et à l’augmentation que l’on m’avait fait miroiter.

Je confie de nombreux questionnements à mon blog :

Et puisque c’est comme ça, je n’ai aucun scrupule à rempiler sur une 2e grossesse. Tant pis, le boulot, c’est pour pouvoir manger et payer le crédit, je m’épanouirai ailleurs…

Et puis je dois quand même avoir un problème, à me lasser aussi vite de mes fonctions, de mes missions, à aller jusqu’à me demander si je suis « faite pour travailler » (sic).

Du coup, en congé maternité pour l’Iroquoise, j’en viens à sérieusement me questionner sur « où est ma place« , puisque visiblement, elle n’est pas au boulot. Mr Sioux a des responsabilités, il ne rentre jamais avant 19h30, il est fréquemment en déplacement. Il se dit tiraillé entre la conscience de faire correctement son boulot (donc un peu de « faire des heures », puisqu’on est en France…) et l’envie de venir nous retrouver tous les 3 à la maison pour profiter de sa famille. Quand on en parle, je reste souvent pensive en constatant que malgré la hiérarchie et la gestion d’équipe qui lui pèsent, il semble vraiment aimer ce qu’il fait.

Ca n’arrive qu’aux hommes (élevés dans la perspective de s’épanouir par le travail) ou ça vient de moi ? Je n’ai pas trouvé ma place ou je suis une rêveuse tire-au-flanc ??

Le virage

Pour me donner du courage à la reprise (janvier 2013), je suis fermement décidée à terminer un projet en cours puis à quitter le bateau pour voguer vers des horizons qui me conviendront davantage. Mais je suis prise de court, mon entreprise y a pensé avant moi… licenciement économique !

Sûrement l’une des plus belles choses qui me soient arrivées (si si). L’aventure de la reconversion commence ! Et sous les meilleurs auspices, qui plus est.

***

Vous savez quoi ? Ca devient un peu long cette histoire… Je vous garde la suite pour lundi ! 😉

 

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7 réflexions sur “Les femmes au travail : estime de soi et épanouissement [mon témoignage 1/2]”

  1. Je me retrouve énormément dans ton article… et que ça fait du bien de ne pas se sentir seule!!!
    Le 1er février ça va faire un an que je me suis lancée et malgré tout… le doute et le manque de confiance et le manque d’équilibre entre vie pro et vie de maman est toujours un peu présent.
    Je te souhaite pleine réussite dans tes projets et dans ta vie de maman ( dommage que Lyon soit si loin de chez moi ;))

    • Bon, ça ne me rassure pas trop ce que tu dis… moi qui espère que les premiers clients me feront gagner en confiance ! A croire que c’est un travail sur soi indépendant du reste, que personne d’autre ne peut vraiment combler à notre place. Je ne me souviens plus exactement dans quoi tu t’étais lancée, c’était diététicienne ou qq chose comme ça ?
      Merci d’être passée ici 🙂

  2. Je crois que nous avons toutes droit à l’épanouissement au travail.

    Mais les entreprises sont souvent dans des logiques de gestion des ressources humaines tellement absurdes qu’elles font surtout beaucoup de gâchis de compétences et pas seulement chez les femmes.

    Il me semble aussi qu’il est nécessaire de faire des choix avec le monde du travail tel qu’il et pas tel qu’on le rêve, ce qui pour ma part est le fruit d’un long travail !

    • Je suis tout à fait d’accord avec toi pour le gâchis des compétences généralisé. Je l’ai vu dans mon ancienne boîte où ils n’étaient prêts à faire aucun effort pour fidéliser les gens. Résultat, un turnover très important, des compétences qui s’en vont à chaque fois, un temps énorme pour former les nouveaux… et c’est autant d’argent perdu à chaque fois (surtout quand les gens formés s’en vont au bout de 3 mois !!!) : je ne comprends pas qu’ils n’aient toujours pas compris où étaient leur intérêt !!
      Pour le côté rêve/réalité, je ne sais pas. Finalement, c’est un peu ce que je fais : je fuis le monde du travail en entreprise tel qu’il est parce qu’il ne correspond à la liberté dont j’ai besoin aujourd’hui – qui est sûrement différente des choix que je ferai dans 10 ans. Mais en même temps, si on ne reste pas pour le changer de l’intérieur (je pense aux inégalités homme/femme notamment), comment cela pourra-t-il évoluer ?

  3. Je sais pas si je suis « inspirante » mais tout ce que je peux te dire c’est que quand tu as trouvé LE truc qui te plait, dans lequel tu t’épanouis, dans lequel tu te sens vraiment toi et bien ça CHANGE LA VIE !
    Alors fonce ! Je ne dis pas que c’est facile mais quand c’est pour quelque chose qu’on aime on trouve la force d’aller de l’avant.
    Bonne chance !!

    • Merci 🙂 Je suis convaincue de ce que tu dis. Reste à s’assurer que c’est bien LE truc et que j’arriverai à mettre en oeuvre les actions nécessaires pour développer mon activité.
      Merci pour tes encouragements !

  4. Pingback : Les femmes au travail : estime de soi et épanouissement [mon témoignage 2/2] | Madame Sioux

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