Nostalgie étudiante

Tout a commencé avec ce livre : Le cercle. Un livre policier prenant, instructif, humain, glaçant, passionnant… La suite du thriller précédent de Bernard Minier, Glacé. Dans Le Cercle, les faits se déroulent dans une petite ville universitaire fictive (mais si réaliste) du sud-ouest de la France, notamment autour de protagonistes étudiants en classe préparatoire lettres : hypokhâgne et khâgne, les nobles mots.

le cercle bernard minier

J’ai été particulièrement absorbée par la façon dont l’auteur restitue la palpable insouciance autocentrée mâtinée d’angoisses existentielles de cette période-là. L’atmosphère ténue, la rivalité, la dureté parfois teintée de méchanceté de certains enseignants et l’esprit de groupe de cet entre-deux âges dont l’appétit communautaire n’a d’égal que l’esprit qui s’affute et se frotte aux réalités du monde.

Je me sens profondément nostalgique. J’ai parfois l’impression que cette liberté retrouvée me pousse à en désirer toujours plus.

Je me remémore des périodes d’errance et j’en viens presque, parfois, à vouloir revivre ces moments où j’étais pourtant totalement perdue…

***

18 ans.

Les soirées très arrosées après le service. Les repas à 2h du mat parce qu’il recommence à faire faim. Les discussions qui me donnaient l’impression d’être une adulte, une vraie, au milieu des clopes grillées à la chaîne, dont je finissais par supporter l’atmosphère toxique.

Son regard bleu pénétrant et ses sourires profondément bienveillants qui pouvaient tout laisser imaginer sauf l’indifférence de l’amitié. Sa confiance et son respect extrême auxquels j’aurais préféré l’audace.

Ma capacité à m’amouracher aisément, à souhaiter l’autre sans trop l’appréhender, à m’émerveiller d’une attention que je n’espérais plus mais que je ne comprenais toujours pas tout à fait.

Puis arrachée à ce faux-semblant de vie indépendante un peu trop nimbée de vapeurs, la rentrée. Oublié le laisser-aller, il va falloir cravacher. Dans 2 semaines, 1/3 d’entre vous seront partis. Préparez-vous à en baver. Et encore, on n’est pas à Paris, vous avez de la chance…

grand bâtiment blanc dans un parc sous le soleil

Mais les liens se tissent, un nouveau cocon se crée, on conspire et on philosophe. Que vive l’internat et sa bulle offerte, ensemble 24h/24, pour rejouer les discours professoraux, travailler et se lamenter de concert, se confectionner d’improbables bouillies réconfortantes, déprimer (de préférence en allant marcher entre les sapins et les sépultures du cimetière tout proche), se faire réveiller par une douce mélodie de Goldman lancée par une coloc attentionnée, découvrir la liberté pour beaucoup, loin des regards responsables, s’affranchir tout doucement…

***

Et parfois, je fantasme la reproduction de ces soirées estivales ou étudiantes sans queue ni tête mais qui faisaient le sel de cette époque. Les chambres d’internat enfumées, les émotions, les rires, les émois. Un peu de guitare, chacun s’adonnant à son petit talent caché. Ma voix qui s’élevait parfois, en une mélopée rendue confuse par l’émotion et l’heure tardive, pour finir cassée le lendemain – par le froid, la performance vocale sans préliminaire et les substances inspirées – mais heureuse d’avoir vécu. De m’être sentie appartenir à un groupe aux contours aussi diffus que le réconfort offert était éphémère.

Mais c’était la vie, spontanée, débonnaire, avec ses hauts culminants aux possibles déployés, ses bas tels des gouffres dans lesquels je me laissais presque volontairement aspirer pour la soutenir dans ce qui semblait aussi évident que romanesque.

La vie quoi.

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