Troublée

Lorsque je suis tombée là dessus, une après midi de juin, j’étais dans tous mes états. Incapable de lâcher l’écran, la souris, le défilement des informations sur l’écran, qui me faisaient chacune l’effet d’un choc, d’une révélation pure et simple.
C’est un article de Maman@home, au sujet de son fils, qui m’a mis la puce à l’oreille et m’a donné envie d’investiguer. Je connaissais le terme, je l’avais entendu employé à toutes les sauces ces dernières années mais je réalisais que je n’avais jamais pris le temps de chercher ce qu’il recouvrait.

Trouble de l’attention (sans hyperactivité)

… l’impression que je rêvasse en permanence, 1000 idées qui tournent en permanence dans la tête et m’épuisent, agitation interne, insatisfaction chronique / difficulté à être contente de moi, syndrome de l’imposteur, impossibilité à rester concentrée sur un truc fastidieux, tendance à finir les phrases des gens parce que ça m’ennuie de devoir attendre qu’ils disent ce que je sais qu’ils vont dire.

Bouleversée par ma découverte, j’en ai parlé avec grand enthousiasme (et sûrement un brin d’exaltation) à quelques personnes proches. Les réactions m’ont fait l’effet d’une douche tiède (pas totalement froide parce que je m’y attendais un peu).

  • « Mais attends, tout le monde peut se reconnaître dans cette liste de symptômes ».

  • « Tu as remarqué à quel point on cherche à faire entrer les gens dans des cases de nos jours, à catégoriser les comportements ? »

Oui mais bon, si ça peut aider à trouver des astuces pour mieux vivre dans la société qui est la nôtre, peu m’importe l’étiquette, je ne la revendique pas particulièrement. Et puis je lis :

Plusieurs personnes qui liront la symptomatologie du TDAH en déduiront que tout être humain en souffre. La majorité des gens vivent des périodes de déficit de l’attention de temps à autres, mais ce qui distingue une personne atteinte du TDAH d’une personne qui ne l’est pas, c’est le nombre de symptômes qu’elle ressent, et jusqu’à quel point ceux-ci affectent négativement plusieurs facettes de sa vie. Le TDAH peut avoir des effets très néfastes sur la qualité de vie de l’adulte qui en souffre.

Alors même si les résultats aux tests rapides trouvés sur Internet m’apparaissaient aussi flagrants que bluffants de similarité avec mes ressentis, je me suis convaincue d’en rester là.

Oui mais voilà, c’est la rentrée, la reprise. Et je n’y arrive pas.

A peine recommencé, les journées s’étirent sans que j’arrive à me focaliser sur aucune tâche, noyée que je suis par les pensées, les to do list et urgences qui arrivent en un flot désordonné et ininterrompu, incapable de prioriser.

Et je crois qu’il est difficile pour mon entourage de comprendre mon insatisfaction quotidienne, ce qui ressemble de loin à un simple problème de volonté et d’organisation.
Ce qui m’a fait du bien dans cet auto-diagnostic, c’est le sentiment que finalement, ce n’est pas vraiment de ma faute.

En clair : je ne suis donc pas une tire au flanc.

J’ai juste du mal à dompter les spécificités de mon cerveau. Ce que l’on pourrait appeler ma flemme de la journée et mon hyperactivité nocturne (cette envie et cette efficacité dans le rangement à 23h – un peu moins depuis que j’ai des enfants, avouons-le). Si je veux respecter mon rythme le plus effectif, le problème, c’est que ça ne colle pas avec les horaires de la vie de famille.

Le temps qui m’est imparti en journée pour travailler ne correspond pas aux plages horaires où j’ai la capacité d’être concentrée et efficace. Résultat : à l’approche de la fin de journée, je suis systématiquement insatisfaite de mon rendement. Cela ne me met pas dans de bonnes dispositions pour aborder la soirée – toujours nerveusement délicate – avec deux enfants en bas âge fatigués. Pour être la plus détendue possible durant cette course contre la montre et gérer l’hypersensibilité de chacun, je suis souvent tentée d’anticiper certaines tâches, comme la préparation du repas.

Ce qui présente un inconvénient majeur : grignoter d’autant plus mon temps de travail journalier. De façon à limiter les incursions lors des moments d’affluence, je m’autorise aussi parfois à faire quelques courses en journée, de même que de la paperasse pour le foyer ou du rangement dans la maison – je me dis qu’une maison rangée sera plus facile à gérer une fois les enfants revenus et que je m’économise ainsi l’une des tâches désagréables de la soirée, qui est par ailleurs le seul vrai moment de décompression, une fois les enfants endormis.

Mais j’ai ainsi très rapidement le sentiment de sacrifier mon temps de travail à la vie domestique. Et cela nourrit un fort ressentiment pour mon conjoint qui, de son côté, ne se consacre qu’à son seul travail lorsqu’il s’y trouve. Pour autant, je n’envie pas sa situation, affectionnant trop la liberté de mon nouveau statut. Mais j’envie énormément sa liberté mentale – ou celle que je lui suppose.

Je me rends compte que je dois parfois avoir l’air vaporeuse ou absente quand on me parle, sauf quand il s’agit d’un truc pour lequel je me passionne, auquel cas je parviens à fixer toute mon attention et à focaliser toutes mes pensées sur cette seule chose.

lac de longemer vosges

Hypersensible aux stimuli, j’ai d’autant plus de difficulté à fixer mon attention depuis que j’ai des enfants et que mes sens sont sans arrêt en éveil pour guetter leurs déplacements, les dangers, leurs besoins éventuels et anticiper leurs demandes (ce dernier point n’étant pas du tout nécessaire mais cela se fait malgré moi).

J’ai 1000 idées à la fois, je lance 5 projets en parallèle et n’en termine aucun. Je déteste ma façon de papillonner et mon incapacité à mener quelque chose à terme. D’autant plus que ces fameux projets me tiennent très à cœur, sont parfois d’une importance que je juge vitale pour moi – celle de me prouver que je suis capable d’aller au bout, tout autant que l’envie de changer les choses en me donnant les moyens de mettre sur pied ce qui me paraît être essentiel sur l’instant.

Mon auto-analyse permanente m’épuise, de même que le fait de ne pouvoir fixer suffisamment mes idées pour toutes les retranscrire. Elles me semblent fulgurantes mais la suivante efface et remplace la première, me laissant désespérée.

J’ai toujours été plutôt indulgente face à la différence, parce que je l’ai toujours ressentie moi-même, j’en ai souffert. Mais je me trouve lâche, parfois, d’avoir cherché à entrer, pour la majorité des domaines de la vie, dans la norme. La plupart du temps, je suis pourtant relativement heureuse dans cette norme mais dès lors qu’un évènement ou une idée vient la bousculer, je remets tout en question, je me sens totalement insatisfaite et inaccomplie.

***

Mais qu’est-ce que je suis heureuse de parvenir à mettre des mots sur tout cela, sur ce qui constitue une partie de ma personnalité depuis que je suis née. Moi la petite fille rêveuse que mon père jugeait certainement hypo-active, comme c’est le cas de certains profils de personnes TDA/H. Moi qui ai entendu tant de fois que je pourrais faire tellement mieux (l’excellence ma bonne dame, viser l’excellence ou rien !) si je me faisais un peu violence, vu que je m’en sortais pas trop mal sans effort apparent (mais qui sait ce qui ne se voit pas…). Moi qui ai récemment fait du tri dans les vestiges de ma scolarité et qui suis tombée, de la 6e à la terminale, sur des notes de marge disant sans cesse « qu’est-ce que je m’ennuie », « ce cours est trop long », etc (le reste du temps, je me disais plutôt « bon c’est bon, on a compris. Quand est-ce qu’il passe à la vitesse supérieure ce cours ?!« ). Moi qui tente chaque jour de me maîtriser et qui me mords les lèvres à chaque fois que je finis les phrases de mes interlocuteurs, fatiguée de devoir attendre qu’ils le fassent alors que je crois savoir ce qu’ils vont dire – parfois à raison, parfois à tort. Moi qui ne suis pas capable, suivant mon humeur, de supporter le suspense trop grand d’un livre et vais quasi systématiquement en lire la fin avant de revenir, apaisée, reprendre le cours de ma lecture.

Je ne sais pas, je me fourvoie peut-être mais ça ne fait de mal à personne et en attendant, je chemine.

***

Point positif du jour, un rendez-vous que j’ai eu ce matin pour du conseil m’a aidée à identifier ce qui, dans mon positionnement professionnel et la mise en place de mon activité encore balbutiante, pouvait expliquer ce sentiment de fouillis et surcharge intellectuels permanents. Je vais donc continuer de me recentrer et d’avancer dans la direction qui me paraît la plus en accord avec moi-même – car logiquement, si cela me ressemble, je devrais le réaliser avec davantage de facilité.

C’était le billet introspectif de la rentrée. Tellement introspectif à mon sens, que j’hésitais même à le publier. Je verrai s’il reste en ligne…


 

Les sources que j’ai parcourues sur le TDAH adulte : http://www.tdah-adulte.org/ et http://www.tdahadulte.com/deficit-d-attention-adulte/symptomes-tdah-adulte/

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17 réflexions sur “Troublée”

  1. oO
    Ce truc porte un nom ! Révélation ! Joie, bonheur, et paix des ménages (je suis une source d’énervement pour mon conjoint malgré tous mes efforts)…
    Je suis même allée consulter une orthophoniste l’année dernière associant ce genre de troubles à peut-être une dyslexie pas diagnostiquée enfant et compensée autrement adulte. Un test pas très probant, d’autant que orthophoniste m’a dit qu’ils avaient peu d’outils de test pour les adultes…
    Je m’en vais investiguer tout ça, merci Mme Sioux !

    • Il me semble que les deux peuvent aussi être associés, ça se voit chez certains enfants : TDA + certains troubles « dys ».
      Bonne investigation alors. Heureuse pour toi si ça t’apporte des réponses. Mieux se comprendre, ça fait du bien. Encore plus si on a les outils pour expliquer notre façon d’être à notre entourage…

  2. Si des personnes calées sur le sujet savent me donner une réponse (ou un lien expliquant) : peut-on devenir troublée ?
    Car je crois que la tendance s’accentue avec l’informatique pour moi, et les notifications (ping, bling, petit rond rouge avec un chiffre) de nouveaux messages.
    La rédaction pour adapter à la lecture sur écran, sur téléphone, avec des phrases percutantes, des contenus parfois plus courts ou saucissonnés me semble accentuer le problème et augmenter le nombre de TDAH partiels. J’entends par là des gens qui peuvent se concentrer mais pas tout le temps.

    • Tu as raison mais je n’ose pas trop chercher dans cette direction. Crainte d’être déçue et pas convaincue que cela m’apporte plus de réponses ou de confort au quotidien (un peu ce que l’on me rétorque pour le TDA d’ailleurs…). 🙂

      • Une fois qu’on le sait, et une fois pris en compte (aménagements divers), c’est quand même plus facile à vivre. Sinon, on passe sa vie à se dire qu’il y a un truc qui cloche et qu’on devrait arriver à faire comme tout le monde or ce n’est pas possible. Testé chez nous, tout se passe beaucoup mieux depuis qu’on sait à quoi s’en tenir. ça m’évite de m’énerver sur des choses qui sont vraiment pénibles et cela m’a poussé à trouver des outils sur lesquels m’appuyer pour gérer ça.
        Le mieux dans tout ça c’est qu’une fois acceptée la différence (et son mode de fonctionnement original), tout le monde profite des aménagements, les « différents » comme les plus « normaux ».

        • Je serais curieuse d’en savoir plus sur tes aménagements… si tu es disponible pour en discuter par mail à l’occasion 🙂
          Tu as entièrement raison : mettre un mot sur ce qui nous paraît clocher depuis longtemps, ça fait déjà du bien. Une fois qu’on a trouvé les astuces qui nous vont, c’est encore mieux !
          Merci pour ton message.

  3. Bonjour
    Merci je vais explorer cette piste et peut être trouver des solutions pour le quotidien car oui le rangement à 23h ou entre midi et 2 je connais sauf que cela n’est pas compatible avec 3 enfants de 6ans 5 ans et 22mois mais j’ai l’impression que mes neurones se sont envolés à chaque grossesse! Et donc les symptômes se sont accentué c’est sûr cela porte à creuser
    Bonne exploration et encore merci pour cette piste

  4. Au risque de te troubler davantage, je pense que la direction qui t' »effraie » est pourtant une piste très pertinente à suivre , je pensais même que tu « savais » pour toi…Il y a effectivement de nombreux ponts entre douance et TDA-H, l’un pouvant évidemment être indépendant de l’autre ou coexister avec mais…il me semble important de ne pas prendre l’un pour l’autre! Après, à chacun son tempo pour cheminer vers soi, alors bonne route ; ) !

    • On verra ça au fur et à mesure en effet. Une fois que j’aurai trouvé les astuces qui m’aident au quotidien, je pense que j’aurai moins besoin de me poser des questions (ou pas). A suivre… Merci pour ton petit mot 🙂
      (en même temps, j’ai pas pu m’empêcher, je viens d’aller lire ça et c’est troublant « L’enfant à haut potentiel intellectuel présente en effet d’autres particularités telles que : l’hypersensibilité, l’empathie, l’intuition, la créativité, l’inventivité, la lucidité extrême, un raisonnement logico-mathémathique inhabituel, une pensée structurée différemment (en arborescence), une organisation cognitive différente, une vitesse de transmission et de traitement des données plus rapide que la normale. » Mais à quoi ça me servira ? Je me demande, je suis un peu perdue…)

  5. Je connais… J’ai expérimenté une situation un peu similaire (j’ai créé ma boîte il y a 6 ans avec deux enfants en bas âge puis l’arrivée d’un troisième lutin il y a 5 ans – en travail à la maison – et surtout beaucoup de travail nocturne ;))
    J’en ai retirée une expérience qui m’est propre… Et de solutions qui me correspondent
    Si tu a envie d’échanger…

  6. Bonjour à toutes !

    Je ne ferai pas un message très long (en tous cas je vais essayer !) mais je voulais un peu rebondir sur ton article et les commentaires qui le suivent. Je diagnostique et je travaille avec des enfants et adolescents TDA/H. Il y a de très nombreux cas où l’on retrouve les symptômes et les signes qui caractérisent ce trouble et pourtant nous ne sommes pas souvent dans ce registre. De nombreuses raisons, facteurs ou compétences peuvent entraîner ces signes. Il existe des tests pour adulte mais ils doivent être confrontés à d’autres éléments dont la question de l’efficience intellectuelle. Ce n’est pas un trouble qui apparait à un moment de la vie ou dans certaines situations, il est là en permanence mais on apprend à vivre avec. Ensuite, je pense que le plus important (pour les enfants et par ricochets pour les adultes) c’est de noter les difficultés rencontrées et de piocher les stratégies qui existent, celles que l’on peut utiliser auprès des personnes avec un TDA/H mais aussi celles utilisées pour d’autres troubles, ou encore celles découvertes ou inventées par le voisin ou la copine. En effet, ces stratégies peuvent soutenir et améliorer la vie de tout un chacun avec ou sans trouble. Comme pour tout je pense, mettre le point sur quelque chose de difficile pour nous (trouble ou non), permet d’essayer de comprendre et de trouver des solutions. Car finalement un trouble n’est qu’une description reconnue d’une façon de fonctionner, comme tous les caractères et attitudes de chacun font partie intégrante de nous sans que nous puissions choisir ou non d’être ainsi ! Nous pouvons au mieux, comme pour les troubles « reconnus », apprendre à vivre avec et trouver des stratégies d’adaptation pour évoluer dans notre environnement…

    • Merci pour ton commentaire très riche et pertinent. Tu as tout à fait raison : « mettre le point sur quelque chose de difficile pour nous (trouble ou non), permet d’essayer de comprendre et de trouver des solutions ». C’est en cela que cet auto-diagnostic, quand bien même je ne le pousserai pas plus loin, m’a fait du bien. Parce que ça me permet de trouver une direction dans laquelle chercher les astuces qui me permettront de vivre mieux. Toute la question est là, en effet. Dans le « vivre mieux » avec ce que l’on est, depuis toujours mais sans avoir la grille de lecture pour se comprendre vraiment. Vivre mieux avec ce que l’on a déjà appris à pallier mais pas toujours de façon satisfaisante – notamment en situation professionnelle pour ma part.
      Je suis en pleine quête de ma stratégie d’adaptation et cet article m’aura permis de recevoir des propositions d’aide et des pistes, c’est un joli pas en avant.
      Merci encore pour ton message 🙂

  7. La ressemblance avec mes questionnements actuels est troublante. J’ai brillamment réussi mes études mais avec une sensation d’ennui immense. Une grosse incapacité à me concentrer. Un gros sentiment de différence, de rejet des autres.
    Je travaille depuis 12 ans, et là, je n’y arrive plus. Je n’arrive plus rien à faire de mes journées. J’ai effectivement l’impression que la maternité m’a enlevé le peu de concentration que j’arrivais à rassembler auparavant. Ce que je fais ne m’intéresse pas ou plutôt, l’âge et la compétence avançant, je me retrouve à ne plus faire que des tâches difficiles, pour lesquels je ne réussi plus à mobiliser les ressources qui me permettraient d’y arriver. J’en retire un sentiment d’incapacité totale difficile à vivre.

    A côté de ça, je suis réellement malade de laisser mes 2 poulettes pour l’une à la crèche et pour l’autre à la garderie jusque 19H. Ça aussi me bouffe le peu de ressource cerveau que je pourrais mobiliser.

    Non mais franchement, c’est quoi mon problème ?

    Je réfléchis donc à un changement de vie radical, devenir prof pour être dans le concret, l’immédiat… Et me libérer du temps pour les filles.

    • La maternité a aussi changé beaucoup de choses pour moi, l’envie de ne plus me satisfaire d’une situation professionnelle médiocre parce que, quitte à devoir confier mes enfants, je me suis dit qu’il valait mieux le faire pour m’épanouir…
      Finalement, les enfants m’ont donné l’impulsion nécessaire pour me pencher à nouveau sur moi-même (ô combien !!) et en même temps qu’une quête de leur bonheur, j’ai fini par me pencher sur une solution pour être bien moi aussi.
      Bonne réflexion à toi, bon changement éventuel 🙂

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